Enseignante chercheuse en sciences politiques au center For Global Studies à l'université internationale de Rabat

Nadia Hachimi Alaoui : "Mhidia aura besoin d'un peu plus de temps"


Quel est votre avis sur les actions entreprises par le wali Mhidia, particulièrement en relation avec la libération de l’espace public?
Mohamed Mhidia vient tout juste d’être nommé. Ce que je retiens à ce stade, c’est l’attente que suscite l’arrivée de ce nouveau wali, qui tend presque à en faire un homme providentiel, et conduit, me semble-t-il, à surinvestir ses premières actions. Au-delà de ses missions régaliennes, la fonction de wali n’est pas régie par un statut formel, et, de ce fait, elle laisse une large marge d’interprétation et une grande marge de manoeuvre au déploiement d’ethos et de styles différents. Mais si la fonction de wali est une question de style, elle est aussi et surtout une capacité à faire faire. Le nouveau wali a présenté une feuille de route de ses priorités, mais on ne sait pas encore comment il va s’y prendre.

Il faut encore un peu plus de temps pour voir quel style et quelles manières de faire il va déployer. Avec l’opération de libération de l’espace public, on peut se demander s’il s’agit d’une action limitée dans le temps et l’espace ou bien d’une stratégie visant à redéfinir la place du commerce ambulant à Casablanca. Mais pour cela, le wali a-t-il les moyens de proposer des solutions alternatives?


Quelles sont les difficultés et les pressions que le wali peut rencontrer et subir pour atteindre ses objectifs?
On a vu des walis avant lui qui avaient un ancrage à la fois technique et politiquement puissant, comme par exemple Driss Benhima ou encore le wali Mohamed Kabbaj, qui ont rencontré des difficultés de taille pour gérer la ville. Alors, on peut, certes, parier sur l’expérience de M. Mhidia dans la conduite de grands projets urbains à la tête des wilayas de Rabat et Tanger, mais Casablanca est une ville bien plus complexe avec des enjeux qui ne sont pas seulement sécuritaires, mais où il y a de forts enjeux économiques et financiers, avec des notabilités économiques qui ne sont pas non plus les mêmes et qui ont une place de plus en plus grande dans le gouvernance de la ville.

Au vu de l’anarchie qui règne sur la ville, quel est, selon vous, le mode de gouvernance le plus approprié pour la gestion d’une ville comme Casablanca?
La singularité du mode de gouvernement de Casablanca tient à ce que les règles s’y forment dans l’enchevêtrement des rapports de force et des intérêts pluriels et contradictoires des acteurs qui sont en mesure de s’imposer. La complexité de Casablanca tient à la grande diversité des acteurs qui interviennent dans la gestion de la ville et à la dispersion des centres de décision qui en découlent: on compte plus de 150 entités, techniques, administratives ou politiques, sans compter les chevauchements de compétences entre les principaux conseils, municipaux, préfectoraux, régionaux, ce qui noie et opacifie les responsabilités. Je ne parle pas seulement des élus mais aussi d’administrateurs territoriaux au sein de SDL (société de développement local) par exemple à Casablanca, qui ont une connaissance fine et experte des problématiques, ce qui permettrait de construire des solutions pour et par la ville, à condition que l’on sache écouter, mobiliser, fédérer. C’est là l’enjeu pour Casablanca.

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