Nabil Souaf: "La relance de la plasturgie dépendra de l’application de la préférence nationale"

ENTRETIEN AVEC NABIL SOUAF, directeur de la Fédération marocaine de la plasturgie (FMP)

Le secteur marocain de la plasturgie compte 650 entreprises, employant 75.000 personnes et 320.000 en indirect, pour un chiffre d’affaires annuel de plus de 21 milliards de dirhams. Un secteur qui fait actuellement face à plusieurs contraintes à cause de la crise du Covid-19 et de la concurrence déloyale.

Quel a été l’impact de la crise du Covid-19 sur le secteur de la plasturgie au Maroc?
Le secteur de la plasturgie étant transversal et diversifié, il y a des filières qui ont été très touchées au moment même où d’autres sous-secteurs ont connu un développement exceptionnel avec la crise sanitaire. Globalement, au Maroc, le secteur a été fortement impacté à travers des filières qui sont en étroite relation avec le consommateur direct ou avec le secteur touristique, qui pâtit énormément actuellement.

A contrario, d’autres sous-secteurs se sont développés d’une manière intéressante au point d’ouvrir de nouvelles niches pour la plasturgie marocaine comme les bavettes, les masques, les pièces techniques destinées aux respirateurs, les emballages pour les solutions et gels hydro alcooliques ainsi que les produits développés pour les tests anti Covid-19. D’ailleurs, nous disposons aujourd’hui d’une entreprise marocaine qui produit localement les écouvillons.

Quelles sont vos pistes de relance post-Covid?
La relance dépendra de l’application du principe de souveraineté nationale. Il faudrait qu’on puisse avoir une souveraineté nationale industrielle de la plasturgie et qu’on développe l’investissement dans ce secteur. Nous importons encore des produits que nous pourrions produire localement. Par ailleurs, il faut s’attaquer à un véritable problème dû à un vide juridique.

Le Maroc importe aujourd’hui des produits qui sont produits localement. Ces produits, consommés par les plus grands donneurs d’ordre au Maroc, bénéficient de l’avantage de la préférence nationale du fait qu’ils sont fournis par des entreprises importatrices de statut marocain. Ces dernières profitent d’un article du texte de loi sur les marchés publics qui ne fait pas la distinction entre un produit fabriqué à 100% au Maroc et un produit importé et fourni par un opérateur établi au Maroc.

Il s’agit d’une grande faille qui tend la perche à des opérateurs pour ouvrir un bureau ici au Maroc afin de pouvoir ensuite importer n’importe quel produit et, du coup, postuler pour des marchés publics en tant que fournisseur marocain. Ils peuvent ainsi bénéficier de la préférence nationale. La loi doit être modifiée car ça peut être un levier indispensable pour la relance post-covid pour notre secteur d’activité.

Vous avez décrié récemment la concurrence déloyale due aux accords de libre-échange, notamment à cause d’exportateurs étrangers qui bénéficient de subventions étatiques.
Effectivement, nous estimons qu’il faudrait mieux réguler nos échanges dans le cadre des accords de libre-échange ratifiés avec d’autres pays. En effet, des pays exportateurs subventionnent ou soutiennent leurs opérateurs d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement pour envahir des marchés avec des modèles économiques spécifiques, à la limite de la concurrence déloyale.

L’accord de libre-échange avec la Turquie, par exemple, nous est très défavorable car la Turquie subventionne ses entreprises exportatrices. Nous ne sommes pas sur un pied d’égalité avec elles. Nous ne demandons pas à être favorisés, mais d’avoir le même traitement ou au moins disposer d’un modèle proprement marocain incitatif et plus agressif.

Articles similaires