Myriam Paquette-Côté : "Nous voulons mieux connaître le Maroc"


Myriam Paquette-Côté, nouvelle cheffe du bureau du Québec à Rabat


Alors qu’elle s’apprête bientôt à être officiellement intronisée à la tête du bureau du Québec, Myriam Paquette-Côté revient pour nous sur les priorités de son mandat à venir. Coopération économique, mobilité professionnelle et éducative et même culture, tout y passe.

Vous venez d’être nommée, au mois de février 2023, à la tête du Bureau du Québec à Rabat. Comment anticipez-vous votre mandat au Maroc?
Comme vous le savez, le Maroc est pour nous au Québec un pays important. Cela fait plusieurs années déjà que nous travaillons en étroite collaboration avec le gouvernement marocain; les secteurs sur lesquels porte cette collaboration sont nombreux, et, en somme, nous entretenons une dynamique très positive au niveau bilatéral. Mon rôle à moi, en tant que nouvelle cheffe du bureau, sera de faire en sorte que nos relations aillent plus avant, que nous continuions de tirer pleinement profit de notre bonne entente, et ce sur tous les plans. Concrètement, nous pensons que le Maroc et le Québec ont les moyens de nouer un partenariat encore plus renforcé.

Le gouvernement du Québec avait lancé, en décembre 2021, sa stratégie territoriale pour l’Afrique, avec comme objectif déclaré de mieux s’implanter dans le continent. Où se situe exactement le Maroc dans cette stratégie?
En dehors du Maroc, nous ne disposons, en Afrique, que de deux autres bureaux, et ce en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Je crois que cela illustre de façon éloquente le fait que nous accordons une place privilégiée au pays. Sur place, nous disposons tout de même d’un effectif de douze personnes -il est vrai, également pour gérer les relations avec d’autres pays de la région, notamment la Tunisie-, alors que le bureau n’a même pas cinq ans d’âge (il a été inauguré en août 2018, ndlr). À titre personnel, je vois le bureau encore grandir au niveau de la taille et de l’importance, comme, dans le même sens, l’importance du Maroc en elle-même dans notre stratégie.

Vous n’êtes sans doute pas sans savoir que le Maroc aspire à s’installer en tant que hub d’investissement en Afrique. Estce un élément qui, au Québec, est pris en compte?
Je ne vous cacherai pas que le développement des relations économiques entre le Maroc et le Québec fait partie de nos priorités. Pour vous dire, nous avons au sein du bureau une personne dont le rôle est entièrement dédié à aider les entreprises du Québec à prospecter le marché marocain et identifier les opportunités d’affaires au niveau local. Il y aura donc certainement beaucoup de ces entreprises qui finiront par s’installer et qui voudront, peut-être, faire du Maroc leur principale plateforme pour l’Afrique. Mais c’est un choix qui leur revient à elles, car en définitive il s’agit d’entités privées. Nous, tout ce que nous pouvons faire, c’est les accompagner en amont, mais nous sommes bien décidés à faire notre maximum pour que le Maroc et plus généralement les pays africains, notamment francophones, soient des partenaires économiques d’envergure pour le Québec à l’avenir.

Le Maroc jouit-il en général d’une bonne réputation économique au Québec?
A partir des discussions que j’ai eu avec différents acteurs du milieu des affaires québécois, je vous dirai que oui. On apprécie beaucoup au Québec le niveau d’éducation et d’excellence que l’on peut trouver au Maroc. Et de façon plus générale, la confiance est vraiment de mise.


Au niveau du Maroc, les autorités mettent depuis près de deux ans en oeuvre un nouveau modèle de développement. En avez-vous été informés? Et si c’est le cas pensez-vous à vous y greffer?
Notre présence au Maroc a justement pour objectif de mieux connaître le pays pour pouvoir mieux coopérer avec lui. A ce titre, nous nous intéressons bien évidemment aux politiques menées par le gouvernement marocain. D’un autre côté, nous n’avons pas la prétention à être présents partout. Il y a des secteurs dont le Québec se fait désormais la spécialité, à l’instar de l’énergie verte, des technologies de l’information et de la communication, de l’agriculture,... Dans l’idéal, il y aurait une sorte de jonction, qui profiterait alors à l’une et l’autre partie.

Un des principaux points dont on parle souvent des relations entre le Maroc et le Québec est celui de la mobilité, notamment professionnelle, avec la présence d’une importante diaspora marocaine dans le territoire québécois. Quoi de neuf, à ce propos?
Beaucoup de neuf, à vrai dire. Nous sommes actuellement en discussion avec le gouvernement marocain pour faire venir davantage de travailleurs au Québec. A cet égard, je dois préciser que depuis 2019 nous disposons, au sein de notre bureau de Rabat, d’une direction des services d’immigration. Mais nous voulons bien entendu que cela profite à tout le monde. Nous ce que nous cherchons, ce sont notamment des travailleurs dans le secteur manufacturier et celui de la construction, ou encore des professeurs de l’éducation primaire et secondaire qui viendraient s’installer dans les régions plutôt qu’en métropole, où nous comptons déjà des effectifs plus satisfaisants, même si bien sûr pas totalement suffisants.

Au Maroc, ces profils ne manquent pas, et en plus les secteurs en question sont en tension et n’offrent pas des possibilités de recrutement à tous. Ces possibilités, ils peuvent donc les trouver au Québec, d’abord à titre temporaire -nous oeuvrons davantage dans ce sens, en ce moment-, puis peut-être par la suite, si les conditions le permettent, pour des installations définitives. Mais je tiens par ailleurs à ajouter qu’en dehors de la mobilité professionnelle, il y a aussi une importante mobilité éducative entre le Maroc et le Québec. Au Québec, les Marocains font partie des douze premières communautés estudiantines. Et même à ce niveau, nous essayons de mettre en oeuvre la même approche gagnant-gagnant, avec par exemple un atelier de formation doctorale que nous avons organisé récemment au profit de quelque mille doctorants marocain, et ce en partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur en vue de partager notre savoir-faire avec le monde universitaire au Maroc.

On voit, justement, de plus en plus d’institutions académiques étrangères s’installer au cours des dernières années au Maroc. Des écoles ou universités québécoises pourraient-elles elles aussi leur emboîter le pas?
Comme par rapport aux entreprises, ce sont les écoles et universités elles-mêmes qui peuvent prendre l’initiative de se développer au Maroc, mais nous sommes bien sûr à leur disposition, et depuis la mise en place du bureau nous avons d’ailleurs mis de nombreuses de ces écoles et universités avec des homologues marocaines. Notre rôle est donc davantage de faciliter les contacts entre les institutions des deux bords.

Un des niveaux dont parle sans doute le moins dans les relations entre le Maroc et le Québec est celui de la coopération culturelle. Que prévoyez-vous, dans ce sens?
Nous comptons effectivement beaucoup capitaliser sur cette coopération pour contribuer à rapprocher davantage le Maroc et le Québec. Nous ferons en sorte de diffuser nos programmes au fur et à mesure, mais je peux déjà insister sur le fait que le prochain Salon international du livre et de l’édition (SIEL) qui se tient à partir du 1er juin 2023 à Rabat aura pour invité d’honneur le Québec, et à cette occasion une importante délégation fera le déplacement avec de nombreux auteurs québécois notamment. Ce sera justement l’occasion pour le public marocain de mieux connaître notre littérature mais aussi notre écosystème éditorial.

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