Le moyen-orient et nous

Alliance militaire arabo-israélienne contre l'Iran

Quand on fait le bilan, on trouve que l’implication du Maroc dans la région ne lui a non seulement jamais profité mais qu’elle n’a fait que lui attirer des ennuis.

À l’annonce, le 14 juin 2022, des noms des pays devant participer au sommet qui doit réunir le 16 juillet 2022 à Riyad les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), l’Égypte, l’Irak et la Jordanie avec les États-Unis, la déception a semblé de mise chez certaines parties marocaines. Acteur régional de premier plan et faisant lui-même l’objet, au niveau de son versant saharien, des velléités hégémoniques de l’Iran, le Maroc ne devait-il pas lui aussi être convié? Car c’est, à l’évidence, pour mettre en place une alliance militaire contre le régime iranien, une sorte d’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) arabe qui pourrait possiblement également comprendre Israël, que l’événement va se tenir.

En effet, on rappellera que depuis novembre 2016, l’Iran est, par le biais de l’organisation chiite libanaise du Hezbollah, en contact avancé avec le mouvement séparatiste sahraoui du Front Polisario, auprès de qui il dépêche régulièrement, selon les informations de la Direction générale d’études et de documentation (DGED), le contre-espionnage marocain, des instructeurs du corps des Gardiens de la révolution islamique, les fameux “Pasdaran”, en plus de lui fournir des armes.

Il se dit d’ailleurs que les techniques de guérilla que les milices polisariennes tentent -sans aucun succès pour l’heure- depuis novembre 2020 de mettre en oeuvre à l’encontre des Forces armées royales (FAR) au Sahara marocain sont clairement d’inspiration iranienne et rappellent celles justement du Hezbollah ou encore celles de l’organisation yéménite des Houthis, également appuyée par Téhéran. Il va, ainsi, sans dire que c’était dans la logique des choses que le Maroc procède, début mai 2018, à rompre ses relations avec le pays asiatique, après que ses services de renseignements ont mené plusieurs mois durant l’enquête et apporté des “preuves irréfutables”, des “noms identifiés” et des “faits précis” selon ce qu’avait à l’époque indiqué le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita.

En dépit de tout cela, l’absence du Maroc du sommet de Riyad pourrait, pourtant, bien être une excellente nouvelle pour lui. D’un côté, il est vrai que sa défense ne saurait être que renforcée par une prise de part active à la nouvelle alliance militaire, à un moment où, en dehors de l’Iran, l’Algérie nourrit ouvertement le projet de s’attaquer à lui dans les trois ans (avant que, comme l’avait confié un responsable militaire algérien fin novembre 2021 au quotidien français L’Opinion, “la donne” ne change du fait, selon lui, de l’accord de coopération sécuritaire signé à l’époque avec Israël).

Mais de l’autre côté, qu’a vraiment le Maroc à faire dans la galère du Moyen-Orient? Y a-t-il jamais, en vérité, gagné quelque chose? Quand on fait le bilan, on trouve qu’au contraire son implication dans la région ne lui a non seulement jamais profité mais qu’elle n’a fait que lui attirer des ennuis. Le travail de sape de l’Iran, à titre d’exemple, a lui-même sans nul doute résulté de l’implication active du Maroc au sein de l’axe sunnite mené par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis; laquelle implication avait notamment donné lieu à l’engagement au sein de la coalition ayant tenté, à partir de mars 2015, de restaurer le président yéménite Abdrabbo Mansour Hadi, qui venait alors d’être renversé par les Houthis (le Royaume y perdra, au passage, moins de deux mois plus tard, un de ses aviateurs, après que le F-16 qu’il pilotait eût été abattu au niveau de Wadi Nushor, dans la province de Saâda).

Certes, la proximité qu’il y a avec les monarchies du Golfe et celle de la Jordanie lui permet de disposer d’un contre-poids diplomatique important pour assurer la défense de ses intérêts supérieurs et principalement son intégrité territoriale, sans compter les gains pécuniaires en termes d’investissement -à relativiser- qu’il en tire; certes aussi, la mission millénaire des monarques marocains de protection des lieux islamiques de la ville sainte d’Al-Qods lui commande de continuer à s’impliquer dans le conflit israélo-palestinien, consubstantiel à cette mission; pour autant, la géographie a sans doute très bien fait les choses en plaçant le Maroc à l’extrême couchant du monde musulman, loin d’un tumulte avec lequel il ne devrait sans doute, en substance, rien à voir.

Lui-même vraisemblablement conscient de cet état de fait, le roi Mohammed VI ne participe d’ailleurs plus depuis 2005 aux sommets arabes et avait même fait annuler le sommet qui était prévu début avril 2016 dans la ville de Marrakech. Et aux dernières nouvelles, le Maroc continue de s’en porter comme un charme...