Moussa Laarif, du hip hop à la politique

ELECTIONS

Producteur de musique, membre de plusieurs associations et président de l’association Hip Hop Family, Moussa Laarif, ce jeune de 33 ans, connu dans le milieu événementiel et culturel, s’est lancé dans la politique, avec les moyens du bord, et il a gagné. Retour sur une aventure inspirante et atypique.

“Nos élus ne parlaient pas notre langage. Chaque projet proposé finissait dans les tiroirs. Il fallait faire quelque chose et être acteur du changement”. Chose dite, chose faite. Moussa Laarif s’est présenté, tête de liste, lors des élections du 8 septembre 2021 dans la circonscription de Youssoufia, à Rabat, sous la bannière du Parti marocain libéral (PML), et a gagné deux sièges dans les élections municipales. Acteur associatif et culturel, ce jeune de 33 ans fraîchement marié, n’avait jamais prévu d’entrer un jour dans l’arène de la politique au Maroc, lui qui ne s’y intéressait même pas.

Mais face à un système rouillé où «on ne te prend pas au sérieux», nous dit-il, il a choisi de se lancer dans l’aventure, soutenu par sa famille, ses proches, ses amis et les habitants du quartier. Et ce sont ces «Wld Drb» qui ont fait la différence lors de sa campagne électorale. «Nous n’étions pas nombreux, nous n’avions pas de moyens et nous n’avons pas reçu de budget de la part du PML. Mais, grâce à la mobilisation de mes proches, j’ai pu relever le défi», nous déclare, non sans fierté, Moussa Laarif. La clé de réussite de sa campagne tient en deux mots: proximité et propreté. Outre sa maîtrise des outils organisationnels, étant un professionnel de l’événementiel, Moussa est connu des habitants du quartier. Ses actions associatives et culturelles et le festival de hip pop qu’il avait créé il y a plus de 10 ans, lui ont considérablement facilité la tâche.

«A chaque fois qu’on rencontrait un habitant, mes amis qui participaient à la campagne prenaient le temps de lui expliquer nos priorités et notre vision. On parlait leur langage car on vivait leur vécu et leurs contraintes», nous lance Moussa Laarif. «Ça se sentait que nous n’étions ni opportunistes ni corrompus. Nous n’étions pas obligés de le démontrer. Le feeling passait, car on vous sent quand vous être sincères. On veut changer les choses. On veut améliorer notre quotidien et nous allons nous battre pour le faire», déclare Moussa. Et de poursuivre, «Vous savez, j’ai eu de meilleurs résultats que certains candidats qui ont dépensé des millions de dirhams pour leur campagne.

On entendait des budgets fous, comme 500 ou 800 millions de centimes, alors que je n’ai dépensé que 170.000 dirhams. J’ai emprunté de l’argent et ma famille et mes amis m’ont été d’un grand soutien. Je ne vous cache pas ma fierté. C’était un véritable défi que nous avons relevé. J’invite les jeunes Marocains à suivre cet exemple et être acteurs du changement qu’ils veulent et de l’intérieur».

Changer le quotidien
Pour commencer, Moussa Laarif veut s’attaquer, en premier lieu, aux problèmes que rencontrent les habitants dans leur vie de chaque jour en faisant preuve de plus de proximité et de disponibilité. «La première qualité d’un élu local doit être la disponibilité. Le citoyen doit sentir que t’es a son service et que tu lui apporteras l’aide nécessaire quand il aura besoin d’un soin, d’une ambulance, de mise à disposition d’une tente pour les funérailles… Ce sont des choses simples du quotidien où ton apport peut être salvateur», nous confie Moussa Laarif.

Il s’agira également de réorganiser la collecte des déchets ménagers dans le quartier et de créer des espaces verts. Mais le projet qui lui tient à coeur est la création d’un centre de prise en charge et de prévention en addictologie. «Nous comptons lancer plusieurs projets culturels et nous voulons aussi faire baisser le taux de criminalité. Mais pour la réussite de ces deux objectifs, il est nécessaire de lutter contre la drogue dans notre quartier. Elle met l’avenir de nos jeunes en standby et les tue à petit feu», se désole-t-il.

Novice en politique, mais un vrai «Wld Drb», Moussa Laarif, soutenu par les habitants du quartier qui croient en lui, se battra pour faire changer les choses, au moins au niveau local. Des «Moussa», le Maroc en a besoin dans chaque quartier. L’avenir appartient à la jeunesse, la politique aussi.

Articles similaires