Moulay Hafid Elalamy : L'AS de la finance

Le patron de Saham s’adjuge la Société Générale. Révélé par Maroc Hebdo, le rachat des 57% de la banque francomarocaine remet MHE dans le jeu financier.


Expérience client, immobilier, éducation, agriculture,... et bientôt donc aussi, banque. Six ans après s’être délesté de sa branche assurances au profit du Sud-Africain Sanlam, le groupe marocain Saham s’apprête, comme on le sait désormais, à revenir à ses premières amours financières en mettant le grappin sur Société Générale Maroc, filiale historique de Société Générale France. Une opération confirmée en exclusivité, ce mercredi 6 mars 2024, par la plateforme électronique de Maroc Hebdo et qui, depuis, lors s’accapare toute l’attention des milieux économiques nationaux: il faut dire que cela fait, d’une part, un certain temps déjà que l’on parlait de l’intention de Société Générale France de se désengager du Maroc, surtout suite à sa décision de juin 2023 d’en faire de même dans d’autres pays africains (Congo, Guinée équatoriale, Mauritanie et Tchad, suivis plus récemment par le Burkina Faso et le Mozambique); d’autre part, c’est un secret de polichinelle que Saham et plus particulièrement son président et fondateur, à savoir l’ancien ministre de l’Industrie (octobre 2013-octobre 2021) Moulay Hafid Elalamy, souhaitait lui aussi disposer de sa propre banque, et l’on avait d’ailleurs parlé, avant, d’un intérêt pour la BMCI, qui se trouve également majoritairement détenue par des actionnaires français (en l’occurrence BNP Paribas, à hauteur de près de 67%).

Match parfait
“C’est le match parfait”, résume un observateur économique averti, joint par les soins de Maroc Hebdo. Dans le détail, le rachat de Société Générale Maroc par Saham fait uniquement l’objet, pour l’instant, d’un protocole d’accord dont, à ce jeudi 7 mars 2024 en tout cas, n’avait pas encore été notifié Bank Al-Maghrib (BAM); c’est ce qu’une source haut placée au sein de l’institution dirigée par Abdellatif Jouahri nous a indiqué, en invoquant son “devoir de réserve” pour ne pas en dire plus mais sans pour autant démentir le bruit qui court. Ce que l’on sait aussi, c’est que le montant en jeu pourrait atteindre les 8 milliards de DH (MMDH), quoique des interlocuteurs consultés par nos soins la placent dans une fourchette qui oscillerait plutôt entre 7,5 et 7,8 MMDH, qui constituerait l’évaluation la plus réaliste à ce jour des 57% que possède Société Générale France dans Société Générale Maroc.

Ambitions africaines
Cette évaluation correspondrait d’ailleurs aussi à celle effectuée par la banque d’affaires américano-française Lazard, que Société Générale France a depuis plusieurs mois déjà missionné pour l’aider à procéder à la cession de ses parts dans Société Générale Maroc (selon des informations que nous n’avons, en revanche, pas réussi à confirmer, le cabinet d’avocats international Gide Loyrette Nouel, qui, soit dit en passant, dispose d’un bureau marocain au niveau de Casablanca, a également été de la partie). En tout cas, et ce comme la plateforme électronique de Maroc Hebdo l’avait détaillé, Saham devrait assurer une partie de la transaction via ses fonds propres (qui ont massivement gonflé depuis son retrait, fin avril 2023, de Majorel, leader international de gestion de la relation client pour lequel les actions de Saham avaient été évaluées à 3 milliards d’euros), et une deuxième partie par l’endettement, et la piste la plus plausible, à ce propos, est que des créanciers internationaux soient mis à contribution.

La réputation de Saham n’est de toute façon plus à faire sur les marchés, de sorte qu’il semble évident selon les différents interlocuteurs avec qui nous avons pu échanger que le groupe bénéficie de facilités avantageuses, notamment en termes de taux d’intérêt et d’échéances de remboursement. “Avec récemment Majorel mais aussi avant cela Sanlam, Saham a largement prouvé qu’elle pouvait aider un opérateur, tant que le potentiel est là, à grandir rapidement et à se placer de façon confortable en tête de peloton”, décrypte-t-on. Et c’est justement ce point qui devrait faire que l’opération soit vue d’un oeil favorable par les autorités marocaines, dans la mesure où on pourrait se retrouver avec une nouvelle banque 100% nationale à même d’accompagner la dynamique sur laquelle se trouve l’ensemble des pays, notamment sur le plan de ses ambitions africaines; ainsi, Société Générale Maroc pourrait à l’avenir se retrouver aux côtés d’Attijariwafa Bank, Bank of Africa et la BCP sur le terrain continental, même là où, a priori, les taux de bancarisation que l’on observe ne sont généralement pas encourageants pour les institutions bancaires.

Un de nos interlocuteurs va même parler du potentiel “militant” de nos banques et de leurs directoires du moment que ce sont des citoyens marocains qui se retrouvent à la barre, contrairement à ce que l’on relève quand ce sont plutôt des étrangers qui tirent la ficelle. “Ce n’est pas la même logique. Un Français par exemple, et je peux dans une certaine mesure comprendre cette attitude, va d’abord penser profit quand il se trouve ailleurs qu’en France. Vous avez d’ailleurs un exemple concret avec ce qui s’est passé depuis que le groupe Holmarcom a mis la main sur Crédit du Maroc (en décembre 2022, ndlr), alors que cela ne fait même pas quinze mois qu’il est passé sous son contrôle après le départ du Crédit agricole (groupe français, ndlr).


Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al Maghrib. Marrakech, le 14 octobre 2023.


Grand jackpot
La vision a vraiment changé du tout au tout, ce n’est pas de la même façon qu’on fait de la banque”, témoigne-t-on. Ce qui fait qu’en somme, Société Générale Maroc est, avec l’opération en cours, plus qu’attendue au tournant. Eu égard, à ses chiffres de 2023, les derniers dont on dispose, on sait que son produit net bancaire (PNB) consolidé, c’est-à-dire qui inclut ses filiales (qui comprend notamment Eqdom, La Marocaine Vie, ALD Automotive ou encore Sogelease Maroc) avait augmenté de plus de 7% en glissement annuel, à hauteur de 5,574 MMDH: cela la place dans le top 4 des banques marocaines, ce que reflète d’ailleurs aussi les chiffres relatifs à son réseau (400 agences répartis sur l’ensemble du territoire national) et le nombre de ses clients (800.000).

Outre les autorités bancaires, les autres actionnaires de Société Générale Maroc, représentés essentiellement par Deveco Souss (famille Aït Mzal, 28%) et la société Patrimoine gestion et placement (Mohamed Tazi, 3%), doivent sans doute aussi se frotter les mains: non seulement le prix consenti par Saham valorise à la hausse leurs parts (on estime désormais la capitalisation de Société Générale Maroc à près de 14 MMDH), mais ils voient aussi arriver à bord un investisseur qui a les reins suffisamment solides pour permettre à la banque de s’accroître encore davantage. Somme toute, le grand jackpot pour tout le monde...

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