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Relations Maroco-Russes et le Sahara Marocain

Drôle de situation. Si le diplomate russe à Rabat veut faire fructifier les relations économiques de son pays avec le Maroc, pourquoi alors l’ambassadeur de Russie à Alger nage en eaux troubles et s’agite pour remettre en question la position espagnole sur la question du Sahara marocain?

Diplomatiques ou économiques, où en sont actuellement les relations entre le Maroc et la Russie, notamment depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine le 24 février 2022? La question mérite d’être posée. Sur un plan politique, tout allait bien jusqu’à ce que l’ambassadeur de Russie à Alger, Igor Belayev, s’en mêle. Ce dernier a, dans une interview accordée à la chaîne algérienne pro-régime Ennahar, le 31 mars 2022, affirmé que le changement de position de l’Espagne, qui a reconnu la marocanité du Sahara, passe mal auprès de autorités russes.

Réitérant le soutien de la Russie aux résolutions de l’ONU et à un règlement pacifique du conflit entre le Maroc et le Front Polisario, le diplomate a insisté que «l’Espagne a une responsabilité historique envers le peuple sahraoui, qui est d’achever le processus de décolonisation ». Ne s’arrêtant pas à ce stade, il renchérit en disant que le changement de position de l’Espagne sur le Sahara était dû à «la pression exercée par certaines parties», sans toutefois nommer les États-Unis. La réponse de l’ambassadrice américaine à Madrid, Julissa Reynoso, n’a pas tardé à arriver.

«Nous n’avons pas poussé l’Espagne à changer sa position sur le Maroc. L’Espagne a pris elle-même sa décision», a-t-elle déclaré dans une interview accordée au quotidien La Vanguardia, lundi 4 avril 2022. L’ambassadrice a, par ailleurs, botté en touche les questions accusant le Royaume d’avoir joué de la carte de l’immigration irrégulière pour contraindre le chef de l’exécutif espagnol à soutenir la proposition de l’autonomie au Sahara. «Je ne sais pas et je ne connais pas assez le sujet pour donner un avis», a lancé Mme Reynoso.

Pour des relations transparentes
L’Algérie a-t-elle un rôle dans les déclarations de l’ambassadeur russe à Alger? Tout est possible. En tout cas, son «confrère» à Rabat, Valerian Shuvaev, rame à contre-sens. Lui, il suppose que les relations politiques et diplomatiques ne sont en rien entachées et veut que les relations économiques regagnent leur dynamique d’avant la guerre en Ukraine. Igor Belayev propose le recours à des solutions alternatives alors que son pays fait face à des sanctions économiques depuis l’éclatement des violences avec l’Ukraine.

Dans une interview accordée à l’agence de presse espagnole EFE le 2 avril 2022, le diplomate russe a déclaré que le commerce entre les deux pays souffrait des «difficultés» de paiement du fait de l’exclusion de plusieurs banques russes du système de transactions financières Swift. Pour éviter la perturbation des échanges, Valerian Shuvaev a proposé le recours au troc ou bien à l’utilisation de devises autres que le dollar et l’euro, ou même les monnaies nationales.

Les échanges bilatéraux ont connu un bond significatif au cours des dernières années. En 2021, les exportations marocaines vers la Russie ont augmenté de 10,8% par rapport à 2020, et leur valeur a atteint 435 millions de dollars. Ces exportations sont principalement représentées par les matières premières alimentaires et agricoles (46,7%), les textiles et chaussures (33,8%), les machines, équipements et véhicules (15,3%), les minéraux (2%) et les métaux et dérivés (1%).

Les exportations russes vers le Maroc ont connu une «croissance record». A fin 2021, elles ont augmenté de 58,5% par rapport à l’année précédente, dépassant les 1.200 millions de dollars, ce qui représente le meilleur chiffre parmi tous les pays africains, toujours selon M. Shuvaev. Le Maroc importe de Russie principalement des produits minéraux (61,8%), ainsi que des produits de l’industrie chimique et du caoutchouc (27,2%), des métaux et leurs dérivés (5,5%), des produits alimentaires et des matières premières agricoles (3,4%), du bois, pâtes et papiers (1,2%) et machines, matériel et véhicules (0,8%).

Drôle de situation. Si le diplomate russe à Rabat veut faire fructifier les relations économiques de son pays avec le Maroc, pourquoi alors l’ambassadeur de Russie à Alger nage en eaux troubles? Les relations économiques s’appuient en principe sur des relations diplomatiques transparentes et non-équivoques.