La Russie et la question du Sahara Marocain

Moscou, une neutralité vraiment positive?


S.M. le Roi et le président russe Vladimir Poutine au Kremlin en Mars 2016.


Le 30 octobre 2023, le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté en faveur de la résolution 2703 sur le Sahara. Avec le Mozambique, qui n’est néanmoins pas un membre permanent, la Russie a été un des deux pays à s’abstenir. Un appel du pied de sa part à l’endroit du Maroc?

C’est une abstention aux allures de ralliement. Lundi 30 octobre 2023, lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation concernant le Sahara marocain, la Russie a fait le choix de ne pas voter en faveur de la résolution qui a été adoptée et qui, de l’aveu de nombreux spécialistes, fait largement l’affaire du Maroc. Une décision qui n’est bien évidemment pas neutre et qui pourrait même, selon certaines voix, donner à entrevoir un changement d’approche de la part du pays eurasiatique visà- vis de la question de l’intégrité territoriale du Royaume.

La sagacité du Maroc
Au cours des trois dernières décennies, les réalités géopolitiques ont muté de façon considérable, entraînant une modification des paradigmes hérités de la guerre froide. Aujourd’hui, le système des relations internationales a changé. Le multilatéralisme n’épuise plus ses vertus et les Etats sont devenus des acteurs pragmatiques. Une évolution qui n’a pas échappé à la sagacité du Maroc, sa diplomatie visionnaire, sous la conduite du roi Mohammed VI. Sous l’effet de la visite royale d’octobre 2002 en Russie, couronnée par la signature d’une déclaration sur le partenariat stratégique ainsi que plusieurs accords de coopération bilatérale, suivie d’une rencontre au sommet entre le président russe, Vladimir Poutine, et le Souverain en septembre 2006 au Maroc, on observe une dynamique positive entre les deux nations. Le déplacement de Mohammed VI en Russie de mars 2016 et les entretiens tenus avec M. Poutine à cette occasion s’étaient également inscrits dans une optique de désenclavement stratégique et de diversification des partenaires, avec pour ambition, entre autres, de susciter des intérêts convergents, à même de créer une interdépendance, laquelle influencera les positionnements géopolitiques respectifs.

En dépit de quelques sorties médiatiques de responsables russes que Rabat doit sans doute goûter peu, à l’image du représentant de la Russie auprès de l’ONU, Vassili Nebenzia, qui a déclaré, mercredi 25 octobre 2023, que le projet de résolution était “déséquilibré”, en référence à la mouture provisoire soumise par les Etats-Unis, qui mettait en avant la conduite pertinente du Maroc de ce dossier, notamment la crédibilité et le sérieux du plan d’autonomie marocain comme base pour une résolution politique du différend autour du Sahara, il convient de lire ces interventions comme de simples effets de manche. Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, en visite en Mauritanie, le 8 février 2023, a presque dressé un parallèle entre la menace terroriste dans la région sahélo-saharienne et ce qui prévaut dans les provinces du Sud marocain.


Contenter l’Algérie
Aussi, la Russie a appelé à nombreuses reprises à l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara marocain. Position qui peut être interprétée comme s’inscrivant dans une tentative de mise en échec de la décision américaine de reconnaissance de la marocanité du Sahara. En réalité, il s’agit davantage d’une posture démagogique de la part des Russes, visant à contenter l’Algérie, sans pour autant la soutenir véritablement. Car le Maroc représente pour la Russie un terrain d’opportunités, sur les plans économiques et stratégiques. Le Royaume est une porte d’entrée pour la Russie en Afrique, en mesure de lui ouvrir son réseau continental, lui offrant plusieurs débouchés, dans un contexte de tension énergétique sans précédent et de sanctions occidentales qui étouffent Moscou. Sur le plan local, la Russie est très intéressée par l’investissement au Maroc, notamment le développement dans le secteur de l’énergie. En octobre 2022, Moscou avait officiellement approuvé un projet d’accord pour assister le Maroc dans la construction d’une centrale nucléaire.

Cet accord avait été signé lors de la visite, en octobre 2017, de l’ancien premier ministre russe Dimitri Medvedev au Maroc, jetant les bases d’une coopération dans 11 domaines. Le 27 juillet 2023, Rusatom Smart Utilities, une des filiales du géant russe Rosatom, et l’entreprise marocaine Water and Energy Solutions ont signé un protocole d’accord prévoyant de coopérer pour la mise en oeuvre de projets de dessalement, de conditionnement et de purification de l’eau.

De plus, le Maroc se place comme le partenaire commercial le plus important de la Russie en Afrique. Le volume des échanges commerciaux entre Moscou et Rabat s’accroît d’année en année. L’abstention de la Russie lors de la résolution sur le Sahara au conseil de sécurité de l’ONU est donc un bon signal envoyé au Maroc, avec la volonté de se projeter dans un avenir profitable aux deux pays, eu égard aux potentialités que le Royaume peut offrir. Un constat renforcé par la non-intégration de l’Algérie aux BRICS, une mise à l’écart lourde de sens, reléguant en cela Alger au rôle d’idiot utile du complexe militaro-industriel moscovite. Le temps où la Russie tournait le dos au Maroc est révolu. Les deux pays ont tout à gagner de poursuivre l’édification d’une grammaire commune.

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