LA MORT SONNE À LA PORTE DE LA PRESSE MAROCAINE

IL FAUT SAUVER LES SOLDATS DE L'INFORMATION

C’est par pudeur si les acteurs du secteur de la presse en général et celui de la presse papier en particulier temporisent avant de sonner le glas. Une fois que ce sera fait, il est fort probable que l’on ne trouve pas de quoi rapiécer le tissu du secteur déjà usité.

L’heure est grave. La presse marocaine est en réanimation. Elle respire difficilement. Les médecins qui l’entourent ne croient pas vraiment qu’elle puisse s’en sortir. Déjà affaiblie depuis l’apparition du digital et l’accaparation par les géants du web (les GAFA) de plus de 85% des recettes publicitaires, le Covid-19 semble venu l’achever. Elle ne reçoit pas de visite. Personne n’est venu s’enquérir de ses nouvelles et de son état de santé. Ce qui consume davantage cette presse qui s’accroche tout de même à sa survie dans un pays où la transition démocratique ne peut se faire sans son apport.

Tous ceux qui la représentent, entreprises de presse et représentations professionnelles, prêchent, par pudeur, la retenue. Aucun ne veut se hasarder pour parler de sa situation critique. Excepté Younes Mjahed, président du Conseil national de la presse, qui a déclaré à Maroc Hebdo que des pourparlers sont engagés avec différentes parties en concertation avec le Syndicat national de la presse marocaine et la Fédération marocaine des éditeurs de journaux, pour trouver une solution. Mais ces discussions avancent à pas d’escargot. Surbooké, le gouvernement fournit des efforts considérables pour venir en aide aux couches de la population et aux catégories d’entreprises les plus vulnérables et les plus impactées par les répercussions économiques du coronavirus. Et on ne peut que s’en réjouir. Mais la presse est de ces secteurs qui subissent de plein fouet les conséquences. Comment ne pas s’en apercevoir?!

Le post sur Facebook de Othmane El Ferdaous, fraîchement nommé par le Roi Mohammed VI au poste de ministre de la Culture, où il annonce qu’il va débloquer les arriérés de la subvention au titre de l’exercice 2019 au profit de cinq supports, a été positivement perçu. Mais il n’a pas encore annoncé la couleur. Les acteurs du secteur s’impatientent et ne veulent pas presser les choses pour ne pas être taxés d’opportunistes alors que seul Dieu sait dans quel pétrin se trouve la profession depuis quelques années déjà. Il est notoire que l’économie de la presse est duale et repose donc sur les ventes et les recettes publicitaires. Déjà faibles, les ventes ont été écartées du compte après la suspension de la publication des journaux et magazines en papier.

Et la crise sanitaire actuelle a réduit comme une peau de chagrin, pour ne pas dire anéanti, les recettes publicitaires. Ce n’est point un appel à l’aide. C’est plutôt un appel à la solidarité nationale envers un secteur névralgique dans le fonctionnement quotidien de la machine étatique. La presse étouffe. Il faut sauver les soldats de l’information. Sans eux, plus rien se sera comme avant. Et sous peu, le brin de la liberté d’expression ira loin, loin. La mort frappe à la porte. Ne la lui ouvrez surtout pas !

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