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Mort de Mahmoud El Idrissi, chanteur, 72 ans

Adieu, l'icône

Mort du Covid-19, l’auteur de “Mazal Al Hal” et de “Mohal Yansak Albal” était avant tout un auteur de talent, ayant transcendé les générations et les frontières.

Le 26 novembre 2020, le Maroc enregistrait 80 décès dus au Covid-19. Parmi eux, un en particulier a immédiatement fait les grands titres des médias nationaux: celui du chanteur et compositeur Mahmoud El Idrissi. Hospitalisé trois jours plus tôt dans une clinique casablancaise après que son état se soit aggravé, ce dernier s’est fait rendre de nombreux hommages, à commencer par celui du roi Mohammed VI.

Dans un message de condoléances, le Souverain a mis en exergue le fait que M. El Idrissi, qu’il a qualifié de “l’un des pionniers de la chanson marocaine”, “a contribué, pendant des décennies, à enrichir le répertoire musical varié par une discographie authentique empreinte d’un amour sincère pour son pays”.

Et, en effet, le défunt fut, sa vie artistique durant, une des figures de proue de la chanson nationaliste, avec notamment son célèbre tube de 1973, “Aichi Ya Bladi”, composé en quelques heures seulement avec Mohamed Ben Abdeslam à l’occasion de la fête du Trône alors qu’il tentait de revenir dans les bonnes grâces du roi Hassan II, qui lui avait fermé quelques mois plus tôt les portes du palais suite à une faute de protocole -il avait gardé les mains dans la poche en lui parlant.

Mais il y a aussi “Mazal Al Hal”, “Mohal Yansak Albal” ou encore “Saa Saida”: M. El Idrissi était en fait, avant tout, un auteur de talent. Né le 8 novembre 1948 à Rabat, il a grandi dans un milieu très religieux, son père l’emmenant souvent à la mosquée Ahl Fas, en plein Méchouar. Là, il est captivé par la voix du cheikh salétin Abderrahmane Benmoussa, qui régulièrement y récite le Saint-Coran. Mais ce n’est pas, pour autant, à la psalmodie que M. El Idrissi sera du coup amené, mais plutôt à la musique.

Devenu aussi fan, entretemps, des chanteurs égyptiens Mohammed Abdel Wahab et Farid El Atrache, dont il aime même à reprendre publiquement les principales oeuvres dans les fêtes scolaires qui se tiennent à son lycée Plateau, à Salé, il se retrouve, bac en poche, au Conservatoire national de musique et de danse de la capitale. Il n’a alors même pas 16 ans, et ne tarde pas à rejoindre moins d’une année plus tard le staff musical de la Radio nationale, où il passera plus de dix ans au total.

Empreinte indélébile
À Dar El Brihi, il a surtout l’occasion de frayer avec la crème de la crème des artistes musicaux du pays, dont Mohamed Ben Abdeslam ou encore Abdessalam Amer, et, de proche en proche, de faire ses premières armes dans la composition. En 1969, il dédie, en arabe, “Ya Maliki Ya Biladi” à Hassan II, puis passe rapidement, l’année suivante, au dialectal, avec “Nebda Besm Elfattah”.

Le défunt monarque, malgré l’épisode protocolaire cité plus haut, tenait beaucoup en estime, selon les nombreux témoins d’époque, M. El Idrissi, et il insistait pour que ce dernier prenne systématiquement part aux soirées qu’il organisait.

M. El Idrissi a, au cours de sa carrière, multiplié les collaborations, transcendant les générations en s’ouvrant aussi bien à feu Mohamed El Hyani, âgé de trois ans de plus que lui, qu’à Latifa Raâfat, mais aussi les frontières puisque c’est de l’océan au Golfe qu’on peut trouver son empreinte dans son travail aux côtés de l’Égyptien Mohammed Al-Mougui ou de l’Algérienne Fella. Assurément, l’empreinte qu’il laisse dans la musique nationale est loin de s’effacer de sitôt.