SAHARA MAROCAIN: Ce que cache la mort de Dah El Bendir

Trois ans qu’Alger cherche à installer le Polisario dans le territoire marocain. Et elle semble désormais décidée à passer à la vitesse supérieure, n’était la vigilance des FAR.

Le 8 avril 2021, le Front Polisario annonçait la mort du commandant de sa soi-disant “gendarmerie”, Dah El Bendir, au cours d’une mission dans la zone tampon séparant le Maroc des positions du mouvement séparatiste sahraoui en Algérie. Le concerné se trouvait alors, avait révélé le Polisario, dans la zone de Rouss Irni, non loin de la localité de Tifariti, et on avait par la suite appris par le biais d’un responsable polisarien cité par l’Agence France-Presse (AFP) que M. El Bendir “venait de participer à une attaque dans la zone de Bir Lehlou contre le mur” de défense tenu depuis la fin des années 1980 par les Forces armées royales (FAR) au Sahara marocain. Mais plus important encore, ledit responsable confirmait ce que l’agence séparatiste Sahara presse service (SPS) avait publié dans une dépêche retirée presque immédiatement de son site, à savoir que M. El Bendir avait été tué via une frappe marocaine de drone.

Milices séparatistes
Les FAR posséderaient-elles donc des drones? Oui, et plus précisément des Harfang euro-israéliens, comme allait le révéler le 9 avril 2021 l’hebdomadaire français Jeune Afrique. Ce dernier, citant de “très bonnes sources”, a affirmé que M. El Bendir se trouvait “au sein d’une colonne de véhicules” comprenant des 4×4, des camions et des blindés légers quand, au moment d’approcher le mur de défense, cette colonne était repérée par un Harfang appartenant aux FAR. Sauf que le Harfang en question a, selon plusieurs sources, seulement vocation à observer, et ce serait en fait un chasseur F-16 qui aurait abattu M. El Bendir mais aussi un autre haut officier du Polisario, Najem Ould Ed’Dia: ce dernier aurait, selon le média électronique Yabiladi, été blessé au cours de l’opération des FAR.

Le responsable des affaires politiques, Mustapha Bachir Sayed, a, lui, dans une interview publiée ce 10 avril 2021 par le quotidien algérien El Khabar confirmé la mort du milicien séparatiste et que ce serait bel et bien un drône “euro-américain” qui l’aurait ciblé. On peut, en tout cas, tirer de tout cela au moins deux conclusions saillantes. La première, c’est que si le Maroc n’est pas en guerre et considère, en dépit des provocations du Polisario, que le cessez- le-feu en cours depuis le 6 septembre 1991 reste toujours d’actualité, il n’en demeure pas moins qu’il ne tolérera pas que l’on s’attaque à lui et à ses intérêts supérieurs.

Et il l’avait d’ailleurs bien montré le 13 novembre 2020 en délogeant de la zone tampon de Guergarat, à la frontière maroco-mauritanienne, les milices séparatistes qui, en dépit des avertissements de l’Organisation des Nations unies (ONU), bloquaient depuis plus de trois semaines la circulation des biens et des personnes entre le Royaume et son voisin du Sud.

“[L’]opération [contre M. El Bendir] est un avertissement,” aurait, à ce propos, confié un “haut responsable marocain” à Jeune Afrique. Dans ce sens, peut tout autant être considéré comme un avertissement le fait que le Maroc ait rendu publique l’information voulant qu’il possède des drones, comme quoi si le Polisario croyait qu’il pouvait rééditer les mêmes techniques de combat asymétrique des années 1970 et 1980 pour espérer remporter la mise, il pouvait toujours courir.

Investir la zone tampon
Mais il y a plus, et elle est là la deuxième conclusion à retenir de l’opération contre M. El Bendir: qu’en plus de vouloir enflammer la région et la faire basculer dans le bruit et la fureur alors que déjà le corridor saharo-sahélien constitue actuellement une des zones les plus instables du monde, la junte algérienne semble vraiment décidée à installer le Polisario dans la zone tampon et en faire de soi-disant “territoires libérés” de la prétendue “République arabe sahraouie démocratique” (RASD).

Déjà, en janvier 2018, le Maroc avait grâce au satellite Mohammed-VI, lancé à partir de début novembre 2017 dans l’espace, pu mettre au jour des tentantives du Polisario d’établir de soi-disant “ministère de la Défense” et “présidence de la République” ainsi que son secrétariat dans la zone tampon, et en fait l’idée carresserait, selon certaines sources, Alger d’y transférer également les camps de réfugiés sahraouis installés depuis novembre 1975 dans la wilaya algérienne de Tindouf. Ce qui, dès lors, permettrait au régime algérien de faire coup double: d’un côté, il déchargerait sur le Maroc ces camps qu’il a lui-même créés et aurait notamment la voie plus libre pour exploiter les mines de fer de Ghar Jbilat, qui se trouvent justement dans la wilaya de Tindouf et pour lesquelles il vient de signer le 31 mars 2021 un mémorandum d’entente avec les entreprises chinoises CWE, MCC et Heyday Solar; de l’autre côté, Mais Rabat semble donc au fait de ce manège, raison pour laquelle elle fait en sorte de couper court à toute tentative d’investir la zone tampon.

D’autant plus que l’on sait depuis l’épisode de Guergarat que le Polisario et, au vrai, la junte algérienne sont disposés à user des boucliers humains pour, en cas d’intervention, faire passer le Maroc pour le grand méchant loup, ce qui compliquerait donc la donne si les camps venaient à être effectivement déplacés. À moins que l’armée algérienne ne réédite le scénario des batailles d’Amgala I et II de janvier et février 1976 et cherche à envahir elle-même les provinces sahariennes du Royaume: pour stupide que cette manoeuvre serait, elle ne saurait toutefois surprendre, surtout après ce qui s’est passé le 18 mars 2021 dans la province de Figuig, où des militaires de la voisine de l’Est sont venus installer leurs camps dans la palmeraie marocaine d’El Arja. D’ailleurs, le 16 octobre 2020, le soi-disant “ministre” des Affaires étrangères de la “RASD”, Mohamed Salem Ould Salek, avait évoqué dans une interview diffusée par la station Alger Chaîne 1 que des accords de défense seraient dans le pipe entre le Polisario et des États tiers, dont vraisemblablement l’Algérie. Le Maroc se doit, en tout cas, d’étudier tous les scénarii possibles...