"La mondialisation et la pandemie", un livre de Fathallah Ouolalou

Un matériau ne pouvant que contribuer à la réflexion actuelle sur le nouveau modèle de développement

Féconds, donc, les quatre mois de confinement de la pandémie de la Covid-19 pour Fathallah Oualalou aujourd’hui Senior Follow du Policy Center for the New South, économiste, ancien ministre de l’Economie et des Finances. Il a ainsi mis à profit cette période pour publier quatre chroniques successives. Un axe de recherche tourné depuis des années sur la mondialisation; et il trouve avec cette pandémie un nouveau terrain de questionnements de fond à l’ordre du jour dans tous les cénacles de décision et les centres de recherche dans le monde.

Partisan d’un multilatéralisme à réhabiliter et d’une concertation à promouvoir, il propose des pistes d’avenir de nature à surmonter la crise vraisemblablement la plus grave et la plus imprévisible du siècle. Que met-il en avant? Arriver à juguler la crise sanitaire et l’effondrement des systèmes productifs –c’est l’urgence de la présente situation, le court terme, donc. A moyen terme, il appelle à une politique globale, vigoureuse, apportant une solution à l’endettement aggravé des pays pauvres, lesquels ne disposent pas des mêmes leviers que les pays développés (banques centrales et leurs possibilités de recyclage, mutualisation des plans de relance, comme l’UE,...).

L’impact de la pandémie Covid-19 pèse de tout son poids sur les niveaux internes des pays, surtout ceux du continent. Le modèle libéral, prôné par le référentiel idéologique du FMI et de la Banque mondiale pour ne citer que ces deux institutions internationales n’est plus tenable: il doit être revu et corrigé en profondeur; il pénalise de larges pans de la société; il minore ainsi la question sociale. De quoi pousser aujourd’hui à réarticuler et à redéployer la place et le rôle de l’Etat dans la vie économique et sociale. La crise a conduit à jeter un nouveau regard sur l’Etat, qui recouvre ses fonctions de stratège et d’accompagnateur, mais aussi de protecteur. Une révision des politiques publiques ne peut plus, sur ces bases-là, être différée ou évacuée: elle est devenue impérative, les citoyens l’appelant fortement de leurs voeux.

S’insérer dans un monde effervescent
Fathallah Oualalou martèle depuis des années qu’il faut construire un nouvel ordre mondial, supplantant celui hérité de la fin de la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’ex-URSS. Mais sur quelles bases? Celle de la place et de la profondeur des interdépendances entre les pays; celle aussi d’une «nouvelle gouvernance élargie»; celle, enfin, d’une réorientation vers de «nouvelles priorités dans les politiques économiques» (préservation de la vie, distribution plus équitable des ressources et des revenus, sauvegarde de l’environnement. Au total, la nécessité de rechercher et de configurer des paradigmes autres dans l’économie politique.

Plutôt la solidarité que l’efficience; le long terme en lieu et place du court terme; la prise en compte de l’avenir plus que le présent; les besoins collectifs au-dessus des besoins individuels et subjectifs; enfin, le partage conjugué avec la croissance. L’interdépendance est pratiquement le mantra de cette publication; elle était déjà bien prégnante dans les précédents ouvrages de l’auteur et ses prises de position depuis des lustres. De la concertation internationale donc pour conduire à «une réalité partagée par tous» et «mener à une gestion concertée » de ce qu’il appelle les «biens communs » (santé, équité, climat, ...).

Reste la faisabilité de cette recommandation. La crise du Covid-19 va-t-elle se prolonger et donner lieu à un retour sur la mondialisation? Oualalou formule une idée éloignée à cet égard en ce sens que, à ses yeux, elle pousse davantage, paradoxalement, au renforcement de la mondialisation. Comment? Par la généralisation et l’accélération des nouvelles technologies dans le monde, par le place aussi du numérique dans la vie des confinés: citoyens, entreprises et administration. L’évolution vers une multipolarité est-elle prévisible, voire incontournable, dans un avenir proche? Rien n’est acquis pourtant en ce sens.

Les évolutions qui se dessinent mettent surtout en relief le choc et de deux grands, les Etats-Unis et la Chine; sans oublier son cortège de compétition éligible à une véritable guerre froide pouvant s’accentuer dans les domaines économiques et géostratégiques. Si, en tout état de cause, pour l’ auteur, le Maroc doit être très attentif à toutes ces mutations, une veille stratégique est à renforcer; une nouvelle logique est à intégrer dans les politiques publiques et dans l’insertion du Royaume dans un monde effervescent, éruptif et imprévisible.


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