MONDE POST COVID-19, UNE INCERTITUDE RADICALE

L’URGENCE VA FINIR PAR RELÉGUER AU SECOND PLAN LES CONSTRUCTIONS INTELLECTUELLES SUR LE «JOUR D’APRÈS»

Au moment où l’évolution de la pandémie covid-19 est encore très incertaine, que dire alors du monde nouveau que nous annoncent certains? Pas grand chose sinon que, dans ce domaine, et plus qu’ailleurs, l’incertitude est radicale. Désemparés face à l’arrivée du coronavirus, nous étions peu préparés à faire face à la pandémie. Et ce, malgré l’existence d’une multitude d’experts gravitant autour des Etats et des grandes firmes qui n’ont cessé de formuler et proposer des scénarios.

À la seule condition qu’ils soient politiquement exploitables. Et c’est là où le bât blesse car qu’est-ce qui nous garantit que tel scénario va l’emporter sur tel autre? Rien pour l’instant. L’avalanche des chocs systémiques futurs est telle que les interconnexions entre les risques vont crescendo. Risques concernant aussi bien la crise climatique que les turbulences géopolitiques, en passant par les inégalités croissantes, les problèmes de santé mentale des populations, les lacunes de la gouvernance technologique et le systèmes de santé sous pression continue, etc. Or, à part la Suède, qui fait cavalier seul en refusant aussi bien le confinement automatique que l’arrêt de l’activité économique et sociale, les autres pays peinent à sortir de la pandémie. Néanmoins trois scénarios ont continué à occuper les débats sur cette sortie de confinement. Plus ailleurs que chez nous, au Maroc.

D’abord, pour ceux que le monde d’après inquiète, il y a la réponse des adeptes du premier scénario, qui sembler rassurer. Ils nous disent qu’il ressemblera fort au monde d’avant. Le tourbillon coronavirus va laisser notre économie en lambeaux et un grand nombre d’entreprises exsangues, notamment les PME et les TPE, et un Etat saigné à blanc pour sauver l’emploi. Ceux-là préconisent le pragmatisme et plus de flexibilité pour les entreprises. Flexibilité seule à même de faire redémarrer l’activité de production, renouer avec la création d’emplois et de revenus, et, en fin de course, renflouer les caisses de l’Etat. Etat qui n’a pu survivre, jusqu’ici, qu’en alourdissant la charge de la dette.

D’autres ne jurent par contre que par le changement de modèle économique. Face à la baisse des revenus à cause de la récession économique, certaines entreprises dans certains secteurs n’auront d’autre choix que d’accélérer leur transformation, quitte à inventer de nouveaux modèles pour y faire face. Restent enfin les adeptes du statu-quo qui considèrent que certaines entreprises, le plus souvent présentes sur internet, résistent mieux que d’autres à la crise, voire en profitent, notamment pour cause d’appétit des consommateurs. Entre ceux qui veulent changer le monde et ceux qui souhaitent simplement que la vie reprenne son cours, le choc pourra être brutal, ceci d’autant plus qu’il se déroule dans un contexte dégradé où toutes les failles qui traversent la société actuelle se verront agrandies. Dans tous les cas, pour sauver les entreprises ou pour sauver les emplois, l’urgence va finir par s’imposer à tout le monde, de près ou de loin, et va reléguer au second plan les constructions intellectuelles sur le «jour d’après». Dommage, on mérite mieux.


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