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Le monde fusionne à la Cité des Alizés

Étape souie de la 23e édition du festival Gnaoua

Qu’est-ce qu’il a manqué aux amoureux de l’art gnaoui dans le monde entier! Le très apprécié Festival Gnaoua a fait son grand retour à Essaouira, après deux ans d’arrêt à cause du covid-19. Malgré une programmation moins garnie alors que cette édition “spéciale” est répartie sur plusieurs villes du Maroc, la Cité des Alizés a pu enfin retrouver une part de son âme qui lui manquait depuis le déclenchement de la pandémie.

Il est midi passé de quelques minutes, ce vendredi 3 juin 2022 sur la place Moulay El Hassan d’Essaouira. L’habituel vent qui traverse cet espace emblématique de la Cité des Alizés, situé à quelques encablures de la charmante côte, porte avec lui une dynamique particulière aujourd’hui. Le nombre de visiteurs, aussi bien marocains qu’étrangers, est visiblement plus important, alors que les terrasses des cafés et des restaurants bordant la place sont plus animées. Ici, même les belles façades blanches et les grandes fenêtres bleues semblent retrouver leur éclat.

Derrière cette énergie exceptionnelle, le grand retour du Festival Gnaoua et musiques du monde, après deux ans d’absence forcée à cause de la pandémie du covid-19. Deux années durant, Essaouira a été privée non seulement de cette importante aubaine touristique et économique qui lui permettait de sortir la tête de l’eau, mais surtout d’un événement qui constitue, depuis son lancement en 1997, une partie intégrante de son identité, de son âme et de son image tant bien au Maroc qu’à travers le monde entier.

Au fur et à mesure que le temps s’adoucit et que le soleil se fait moins ardent, l’affluence à la place Moulay El Hassan ainsi que dans les étroites ruelles de la mythique Médina ne cesse d’augmenter. L’occasion parfaite pour lancer les festivités de cette édition du festival, dont la programmation a été toutefois amoindrie à cause du danger covid-19, toujours existant bien qu’il soit moins important qu’avant. Essaouira ne vibrera en effet au rythme de cet événement que durant deux jours, le 3 et le 4 juin, au lieu des trois ou quatre jours habituels lors des précédentes éditions. Par la suite, la Cité des Alizés “cède” son festival, rebaptisé rien que pour cette année Gnaoua Festival Tour, à Marrakech les 9 et 10 juin, puis à Casablanca les 16, 17 et 19 juin avant son ultime escale à Rabat les 23 et 24 juin.

Invités de marque
Vers 17h, la parade classique mélangeant musique et danse gnaoua avec d’autres expressions folkloriques marocaines, est enfin lancée, marquant ainsi le début officiel du festival. Une occasion parfaite pour mettre en avant la richesse et la diversité du patrimoine culturel du Royaume. Placés au-devant de la déambulation qui traverse les ruelles d’Essaouira, les invités de marque, à leur tête le Conseiller du roi Mohammed VI, André Azoulay, savourent avec joie et satisfaction les prestations des troupes qui se produisent et se succèdent. À ses côtés marche également le ministre de la Culture et de la communication, Mohamed Mehdi Bensaïd. Tout sourire, celui-ci se veut réconfortant. “Je voudrais affirmer aux habitants que le festival restera dans Essaouira malgré que l’édition actuelle soit organisée dans plusieurs villes”, rassuret- il. En effet, la population locale craint de perdre l’exclusivité du festival avec tout son apport notamment sur le plan économique, après la programmation inédite de cette année. Une inquiétude partagée par une grande partie des adeptes de cet événement, pour lesquels l’esprit du festival de Gnaoua et sa réussite sont profondément associés à la Cité des Alizés elle-même, et toute tentative de le répliquer ou de le répartir sur plusieurs villes reviendrait à le dénaturer.

“Les restrictions sanitaires nous ont poussés à opter pour une présence restreinte du public, mais cela n’était pas possible si on se contentait de ne le faire qu’à Essaouira. Nous avons donc adapté le festival à ce contexte en l’étalant sur plusieurs villes. Par la suite la situation sanitaire s’est améliorée ce qui a permis de programmer une partie de l’étape Essaouira dans un lieu ouvert avec une grande présence du public, place Moulay El Hassan”, explique la directrice de production du festival, Neïla Tazi, elle aussi présente en première ligne de la parade.

Show assuré
C’est dans la même place Moulay El Hassan que le premier concert grand public a lieu à partir de 20h30. La scène a été inondée par des centaines de festivaliers venus assister à la performance, encouragée par le beau temps et l’ambiance festive et joyeuse qui règne dans chaque recoin de la ville. Au menu de ces deux jours, douze concerts, dont 5 fusions, 6 concerts Gnaoua et 1 concert Issaoua, à la place Moulay El Hassan mais aussi à Dar Souiri. L’autre grande scène, qui se nichait habituellement dans la plage, ainsi que d’autres espaces qui abritaient une partie de la programmation des anciennes éditions, resteront toutefois inanimés lors de cette édition spéciale.

Avec son trio composé du mâalem marocain spécialiste des musiques africaines, Abdeslam Alikane, Aziz Ozouss, chantre de la culture amazighe, et le Malien Vieux Farka Touré, surnommé le “Hendrix du désert”, c’est un éblouissant spectacle de fusion, juste après l’ouverture, signée “Tyour Gnaoua’’, par le mâalem Abdeslam Alikane. Le même soir du vendredi, mâalem Abdellah Akharraz a assuré le show, tandis que la deuxième, comme prévu, a fait l’objet d’un concert fusion Saïd Boulhimas et le Jamaaladeen Tacuma Trio. Le lendemain, mâalem Hossam Guinea a inauguré le second jour du festival avec un concert fusion le réunissant avec Fama Mbaye, Naissam Jalal, Haile Suprême, Stéphane Edouard, Aziz Ozouss et Mohamed Derouich. Avant de laisser place aux mâalems Abdelaziz Soudani et Lahcen Mhaïdi. Et dans la soirée du samedi, le trio composé de mâalem Mohamed Boumezzough, Hind Ennaïra et Yaya Ouattara a livré une prestation mémorable pour clôturer l’étape Essaouira de cette 23e édition en beauté.

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