Moncef Slaoui chargé par le président américain de développer le vaccin contre le COVID-19

STARS, MAIS PAS À DOMICILE

Faute d’écosystème favorable, beaucoup de chercheurs marocains doivent s’expatrier, à l’instar de Moncef Slaoui, qui va désormais superviser la stratégie américaine de développement du vaccin du Covid-19.

L’information n’a pas encore été officialisée, mais c’est presque assuré maintenant: c’est l’immunologue marocain Moncef Slaoui qui va se charger de mener la stratégie étasunienne pour le développement d’un vaccin contre le Covid-19, avec comme objectif clairement fixé que ce dernier soit rendu disponible et mis sur le marché d’ici le début de l’année prochaine. Donald Trump “himself” l’a, selon les médias d’outre-Atlantique, choisi après avoir notamment été briefé par son gendre et conseiller Jared Kushner sur sa compétence reconnue par ailleurs à l’international mais aussi sa grande expérience -plus de trente ans dans le domaine de la vaccination, dont la grande majorité dans le top management du géant britannique “GSK”. Et déjà, il faut rappeler que le nom de M. Slaoui avait été sorti fin mars par la presse qui l’avait placé dans une commission formée par le président américain dans le même but de trouver un vaccin contre le Covid-19, avant que le concerné n’en fasse dans la foulée le démenti.

Mais il n’y a décidément pas de fumée sans feu. Pour le Maroc surtout, le sentiment doit être plus que mitigé: si, d’un côté, ce ne peut bien évidemment être qu’une fierté qu’un enfant du pays -il a vu le jour le 22 juillet 1959 exactement à Agadir-, pur produit de l’école publique marocaine et plus précisément du lycée Mohammed- V de Casablanca, brille si haut et si fort et soit arrivé si loin dans sa carrière et ses réalisations, ce ne peut de l’autre être que regrettable qu’il ait dû, pour s’épanouir, se trouver à l’étranger, où comme il nous le confiait dans l’interview qu’il nous avait accordée pour notre édition du 20 avril, “l’écosystème” est beaucoup plus favorable à ce qu’il appelle les “talents”.

Un amer constat
“Partout on trouve des Marocains dans les meilleurs laboratoires de recherche au monde, ils sont brillants et portent très haut le drapeau de leurs pays. Mais ces talents, seuls, ne peuvent rien faire. On n’est plus au temps du génie isolé comme Einstein qui, en s’appuyant sur ses seules ressources, peut faire avancer le domaine de la recherche scientifique. Il faut des équipes, et donc derrière ces équipes, vous pouvez l’imaginer, il faut un système universitaire au point, des centaines d’entreprises agglomérées, et, surtout, beaucoup beaucoup d’argent,” décortiquait-il.

Un constat amer peut-être, mais juste et que rejoignent totalement ou en partie de nombreux chercheurs marocains consultés par Maroc Hebdo au cours des dernières semaines, et ce qu’il s’agisse de membres de la diaspora comme par exemple le chercheur Tariq Daouda, qui est en train actuellement de développer un vaccin basé sur l’intelligence artificielle sous l’ombrelle de la Harvard Medical School, aux Etats-Unis, ou locaux à l’instar de Hicham Medromi, qui dans le cadre de ses recherches au Centre de recherche, de développement et d’innovation en sciences et ingénierie dépendant de l’École nationale supérieure d’électricité et mécanique (ENSEM) a dirigé la mise au point de plusieurs prototypes de masques filtrants et de respirateurs tout-à-fait innovants.

La recherche et développement, on le sait au Maroc, dépasse à peine les 0,8% du produit intérieur brut (PIB), alors que c’est au moins le double qui est généralement recommandé, et il serait sans doute bien temps de faire en sorte que davantage d’argent soit investi dans ce sens. Fondamental pour “l’écosystème”.


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