Mohamed Talal Lahlou : "Le cadre fiscal et réglementaire n'est pas favorable à l'émergence d’une réelle finance islamique"


Mohamed Talal Lahlou, Docteur en économie et expert en finance islamique. Ph:Dr


Quels sont les facteurs qui empêchent la finance participative de réellement décoller ?
Il est clair que le manque de volonté des principaux acteurs, avec un schéma business model trop inspiré du système usuraire et un manque de liquidité, car il y a très peu de transferts de comptes ouverts dans les banques usuraires. On peut ajouter à celà un cadre fiscal et légal hostile dès le départ car taillé sur mesure sur le prêt d’argent et non le commerce et l’investissement. En sus, il y a les ressources humaines généralement piochées dans le système usuraire en plus du manque de concurrence hors oligopole établi.

Le fait que les banques dites islamiques soient des filiales de banques conventionnelles et usuraires, ce n’est pas contraire au principe-même ?
Dans une certaine mesure. Mais cela ne les rend pas caduques car l’argent des banques usuraires est à majorité l’argent de leurs clients. Le véritable problème est l’absence de marché de sukuk. Et le manque d’émission de ces certificats d’investissement. N’oublions pas qu’il y a une absence des produits participatifs réels comme la musharaka, et même les produits choisis sont sujet à débat, comme la murabaha sur donneur d’ordre. Les maisons mères verrouillent de nombreux volets du fait de l’absence de marché financier islamique non usuraire.


Est ce que l’économie islamique (pas seulement son volet islamique ) est une alternative au système économique considéré inéquitable ?
L’économie islamique se base sur des paradigmes différents que celui de l’économie classique. D’abord la question de la rareté est fondamentale dans la dernière tandis que dans l’économie de type islamique, “toute chose est créée à sa juste mesure” (ndlr : le verset 49 de la Sourate 54 du Coran). Donc ni abondance ni rareté mais optimisation des richesses. La preuve aujourd’hui on produit de quoi nourrir 12 milliards d’être humains, alors que nous sommes 8 milliards dont 1 milliards qui ne mange pas à sa faim.

Aussi, l’utilité individuelle est considérée comme l’objectif ultime dans les sciences économiques de type libéral, contrairement à l’économie islamique qui se base sur le partage des profits et des pertes contrairement à l’axium du profit qui est fondamental dans l’économie classique. Donc oui, il s’agit d’une alternative crédible, faisable avec possibilité de créer une transition entre le système usuraire à un système participatif.

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