Entretien avec Mohamed Madimi, président de l’ONG “Centre national des droits de l’Homme du Maroc”.

Mohamed Madimi : "Dounia Batma se trouve dans une situation peu enviable"

Mohamed Madimi, président de l’ONG Centre national des droits de l’Homme du Maroc qui a déclenché l’affaire dite Hamza Mon BB explique, dans cet entretien à Maroc Hebdo, les enjeux de cette affaire et la relation de Dounia Batma avec ledit compte anonyme qui a défrayé la chronique.


Que pensez-vous de la décision de la Cour de cassation concernant l’affaire Dounia Batma?
Le 28 décembre 2023, la première chambre criminelle de la Cour de cassation de Rabat a rejeté la demande de cassation de la chanteuse Dounia Batma, ce qui est considéré comme une approbation de l’arrêt rendu par la Cour d’appel de Marrakech, qui a infligé une année de prison ferme et une amende de 10 000 dirhams dans l’affaire dite Hamza Mon BB, affaire qui a été déclenchée par une ONG, à savoir le Centre national des droits de l’homme au Maroc en 2019 après que nous nous sommes retrouvés exposés à la diffamation, aux côtés d’un ensemble de citoyens, alors que nous avons déposé plainte auprès du Direction générale de la sûreté nationale à Rabat ainsi qu’auprès de la Présidence du Ministère Public de Rabat, ainsi qu’auprès du Procureur Général du Roi près la Cour d’Appel de Marrakech.

Nos plaintes ont été déférées aux services de la brigade nationale de la Police Judiciaire de Casablanca, afin que les victimes soient entendues, que des recherches puissent commencer et que les plaignants soient auditionnés, tout en réalisant des expertises techniques sur leurs téléphones, dont celui de la chanteuse Dounia Batma. Il ne fait aucun doute que la première chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté la demande en cassation de la chanteuse sur la base de l’expertise technique qui avait été réalisée auparavant sur son téléphone par la brigade Nationale de la Police Judiciaire, sans oublier les témoignages et aveux d’un groupe de prévenus et des condamnés dans le même dossier, dont Soukaina Jannah, alias Glamour, qui a avoué auprès de la brigade nationale que la chanteuse Dounia Batma a un lien avec le compte “Hamza mon BB”, sans parler de la confrontation qui a eu lieu entre eux devant le juge d’instruction, et je crois que c’est ce qui a poussé le tribunal à rejeter la demande en cassation.

Comment expliquez-vous qu’elle n’ait pas encore été arrêtée ?
La chanteuse a été présentée au Parquet près le Tribunal de Première Instance de Marrakech par les services de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire de Casablanca en état de liberté. Elle a été déférée devant le juge d’instruction de la première chambre et a été poursuivie par le juge d’instruction en état de liberté suite à une importante caution financière d’environ 300 mille dirhams avec l’interdiction de quitter les frontières et le retrait de son passeport de voyage, ce qui a fait qu’elle a été poursuivie en état de liberté jusqu’à la fin de la cassation. Les poursuites en état de liberté relèvent de l’autorité du ministère public ou du juge d’instruction, car ils ont le pouvoir approprié d’ajuster les poursuites et le pouvoir d’inculper, sachant que toutes les personnes poursuivies l’ont été en état de détention, ce qui a donné un privilège à Dounia Batma sur le reste des autres personnes condamnées dans la même affaire.


Quelle est la relation de Dounia Batma avec le compte de Hamza Mon BB?
Premièrement, lorsque nous avons déposé les plaintes du Centre national des droits de l’homme au Maroc auprès des autorités sécuritaires au niveau central et du parquet de Rabat et de Marrakech, nous savions qu’il existait un réseau criminel sous le nom de Hamza Mon BB dont les membres se répartissent les rôles pour exercer du chantage, de la diffamation et engager une guerre par procuration en échange de l’obtention de montants d’argent. Ces membres qui se rassemblent à Marrakech, entretiennent une relation étroite avec d’autres personnes, dont notamment le dénommé Mohamed Belbachir, un fugitif qui fuit à la justice et qui se trouve actuellement aux États-Unis d’Amérique. Ce dernier est apparu avec la chanteuse Dounia Batma à plusieurs reprises.

Tous deux ont salué le rôle joué par Hamza Moon BB dans la dénonciation d’artistes, chanteurs et autres célébrités. Ces déclarations sont encore publiées à ce jour sur les réseaux sociaux. Au début des investigations de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire à Casablanca, un groupe de personnes a été arrêté et des aveux et des affrontements ont été révélés, notamment entre les victimes et les accusés, dont Sakina Jannah, Alias Glamour, la styliste Siham Bada, alias Sultana, et d’autres qui ont accusées Dounia Batma d’avoir une relation étroite avec le compte de Hamza Mon BB, sans parler de l’expertise technique effectuées sur son téléphone. On cite également la chanteuse Saida Charaf, qui accusait Dounia Batma d’être celle qui contrôlait le compte et se vengeait d’elle suite à une dispute entre elles, une accusation explicite dans les procès-verbaux de la brigade Nationale de la Police Judiciaire de Casablanca, ainsi qu’au niveau du juge d’instruction en charge du dossier à l’époque.

Quelle est votre réponse concernant sa dernière déclaration dans une vidéo récente ?
Il ne fait aucun doute que la chanteuse Dounia Batma se trouve dans une situation peu enviable. Le rejet de l’appel dans l’affaire Hamza Mon BB conduirait à ce qu’elle perde la garde de ses enfants au profit de son ex-mari, qu’il l’a d’ailleurs menacé publiquement de rapatrier ses enfants à Bahreïn. À ce titre, en tant que Marocains, nous ne pouvons pas permettre que des enfants marocains soient déplacés de leur pays d’origine vers un autre pays. La solution reste la procédure de réexamen si Dounia Batma dispose de nouveaux éléments attestant de son innocence, soit d’introduire une demande de grâce auprès du procureur général du Roi près la cour d’appel de Marrakech ou de La direction des affaires pénales et des grâces au ministère de la Justice.

Lire aussi

Articles similaires