MOHAMED ELMANDJRA: "Nous avons investi 650 millions de DH principalement en fonds propres"

Des télécoms à la santé. En 7 ans, le groupe ODM, que vous avez créé en 2014, figure aujourd’hui parmi les plus grands acteurs de santé privé au Maroc. La reconversion semble bien vous réussir.
Je ne parlerais pas de reconversion mais de retour aux sources. Ce que peu de gens savent, c’est que j’ai passé 25 ans dans le secteur de la santé en France et aux Etats-Unis. J’ai un master en biophysique et un doctorat en génie biomédical, spécialité IRM (imagerie par résonance magnétique), à l’université de Pennsylvanie. J’ai été amené à gérer plusieurs structures et groupes spécialisés dans la médecine de pointe, comme le nucléaire appliqué à la médecine ou les technologies de traitement avancé de signaux médicaux.

En 2008, je suis rentré au Maroc pour diriger Méditel, devenu aujourd’hui Orange Maroc. Un an après avoir quitté le secteur des télécommunications, précisément en novembre 2014, j’ai fondé le groupe Oncologie et Diagnostic du Maroc. Un mois plus tard, je réalisais ma première acquisition d’une structure de santé. Je n’ai donc retrouvé que mon domaine d’expertise.

Aujourd’hui, votre portefeuille compte plus d’une dizaine d’établissements. Comment avez-vous financé votre croissance et quel est le montant d’investissement mobilisé à ce jour ?
Le groupe ODM est aujourd’hui le premier groupe de santé privé au Maroc en termes de nombre d’établissements. Nous disposons de 12 structures et deux sont en cours d’achèvement. Nous comptons près de 500 collaborateurs à travers un réseau de médecins partenaires et dédiés, dont 120 médecins spécialistes qui travaillent pour le groupe. Comme son nom l’indique, le groupe est spécialisé en oncologie et en diagnostic.

Nous ne sommes pas généralistes ou multidisciplinaires, même si nous comptons dans notre portefeuille quelques cliniques multidisciplinaires. Notre spécialité, c’est la cancérologie et les maladies lourdes. La capacité litière ne mesure pas notre taille, car il faut savoir que dans la cancérologie, nous avons affaire à des soins ambulatoires. Ceci dit, nous avons investi jusqu’à maintenant 650 millions de dirhams.

Nous avons fait appel à des partenaires financiers, notamment étrangers, qui nous font confiance et qui nous accompagnent dans notre développement et notre ambition, qui est de structurer des réseaux de santé dans toutes les régions du Maroc. La majorité des investissements ont été réalisés en fonds propres, en plus du leasing et du financement bancaire.

Le secteur de la santé privé se développe à grande vitesse au Maroc. Face à un secteur public défaillant, ne risque-t-on pas de créer une certaine discrimination en termes d’accès aux soins?
De manière générale, il faut arrêter de réfléchir en public ou en privé dans la santé, mais plutôt en dispositif de santé, comme c’est le cas dans plusieurs pays. Un dispositif qui inclut aussi bien le public comme le privé et où chacun a son rôle à jouer, le tout dans une complémentarité et une fluidité. Pour le patient, l’aspect financier devrait être secondaire, sauf qu’aujourd’hui cet aspect est primordial. Il faut, à mon avis, séparer le traitement et le soin du paiement. Le patient ne doit se soucier que de la qualité des soins, leur disponibilité et leur proximité. Mais cette situation va changer grâce au chantier royal de la généralisation de la protection sociale.

Allez-vous renforcer vos investissements pour accompagner ce projet royal?
Nous sommes actuellement présents de 6 régions. Notre ambition est de couvrir les 12 régions du Maroc. Nous allons ouvrir, fin 2021, un centre complet d’oncologie à Béni Mellal ainsi qu’un autre à Fès en 2022. Nous voulons jouer un rôle d’accompagnateur de la stratégie de généralisation de la protection sociale, impulsée par le Souverain. Pour cela, nous serons amenés à, au moins, doubler de taille d’ici 2 ou 3 ans. Mais tout dépendra de la vitesse et la dynamique de mise en place de cette nouvelle stratégie.

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