Mohamed Elfane: "Plus de 60.000 emplois seront perdus à cause du confinement nocturne"

Entretien avec Mohamed Elfane, président de la fédération marocaine de la franchise et vice-président de la confédération marocaine des métiers de bouche

Le confinement nocturne de 20h à 6h à partir du 1er Ramadan impactera considérablement le secteur de la restauration. Selon Mohamed Elfane, vice-président de la Confédération marocaine des métiers de bouche, plus de 10% des établissements devront fermer leurs portes.

Le gouvernement a décidé, le mercredi 7 avril 2021, d’instaurer un couvre-feu nocturne, à l’échelle nationale, de 20h à 6h à partir du 1er Ramadan. Une réaction à chaud?
C’était prévisible. On s’y attendait. Les propriétaires de cafés et restaurants seront donc, pour leur grande majorité, obligés de fermer durant ce mois. Un couvre-feu à partir de 20h ne leur permet pas de servir leurs clients sur place.

Qu’en est-il de la livraison?
Pour la livraison, nous avons demandé au gouvernement de nous permettre d’exercer cette activité au moins jusqu’à minuit, mais nous n’avons pas reçu de réponse de sa part. Après la décision du mercredi 7 avril 2021, nous avons envoyé un courrier à Moulay Hafid Elalamy, ministre du Commerce et de l’Industrie, et au Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani.

Le communiqué du gouvernement parle de cas exceptionnels qui pourraient se déplacer pendant le couvre-feu. Faitesvous partie de cette population?
Le communiqué du gouvernement n’est pas clair. Il évoque effectivement des cas exceptionnels mais sans les préciser. Dans notre courrier envoyé après cette décision, nous demandons d’ailleurs à être intégrés dans cette population. Si ne nous pouvons pas livrer nos clients le soir, ça sera la faillite assurée pour beaucoup d’établissements déjà gravement mis à mal par la crise sanitaire depuis 2020.

Quel sera justement l’impact économique d’un confinement nocturne durant le Ramadan sur le secteur de la restauration?
L’impact sera fatal. Depuis le début de la crise sanitaire, en mars 2020, près de 30 à 35% des établissements ont fermé. Après le Ramadan, ils seront plus de 45% à plier bagages. C’est énorme. Ceci correspond à une perte additionnelle de plus de 60.000 emplois. Le nombre total des emplois perdus cumulé sera de plus de 120.000, soit 20% de l’effectif global du secteur.

Pourtant, le gouvernement a brandi la carte des indemnités aux salariés ayant perdu leurs emplois. Une indemnité de 2.000 dirhams qui est, toutefois, conditionnée à une déclaration à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).
Cette indemnité est salutaire, mais elle ne va rien changer. Il faut savoir que près de 80% des emplois dans ce secteur ne sont pas déclarés à la CNSS. Le peu de gens qui bénéficieront de cette indemnité sont, pour la plupart, des cadres, des gérants et des administratifs qui touchaient avant la crise entre 6.000 et 8.000 dirhams. Une indemnité de 2.000 dirhams ne va pas les soutenir de manière efficace et durable.

Que proposez-vous, alors?
Nous avons déjà envoyé nos revendications au gouvernement. Nous avons relancé à maintes reprises, sans recevoir de réponse de sa part. Nous demandons un véritable accompagnement par des mesures fortes et urgentes, en prenant en charge la masse salariale et trouver des solutions par rapport aux charges fixes comme l’eau, l’électricité et les loyers, qui représentent une charge très importante. Certains paient encore des loyers de 30.000 ou 40.000 dirhams par mois, alors que leur activité a considérablement baissé.

Sur le plan fiscal, nous avons eu quelques reports mais ce n’est pas suffisant. Nous devons, par exemple, payer la taxe professionnelle de 2019, 2020 et 2021, ceci alors que nous avons sévèrement pâti de la crise. L’Etat doit nous exonérer de cette taxe, ou au moins nous accorder un abattement de 50%.

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