Mohamed Benmejdoub, le plus haut gradé arabo-musulman et africain du Rotary International


Un pionnier au grand cœur


Mohamed Benmejdoub est incontestablement l’icône du Rotary au Maghreb, en Afrique et dans le monde musulman. Il fut nommé Directeur au Conseil Central du Rotary International pour un mandat de deux années (1986-88).

À 84 ans, tout en lui inspire le respect: il a le regard perçant, la démarche assurée et, par-dessus tout, ce sont ses propos réfléchis et mûris qui en imposent. Mohamed Benmejdoub est le plus vieux rotarien du monde arabo-musulman et africain: 60 ans de Rotary et le seul qui a gravi tous les échelons jusqu’à devenir administrateur (Director) pour deux mandats successifs au conseil central du Rotary international (le “gouvernement” du mouvement) aux Etats-Unis (1986-1988). Il a été élu par la région la plus vaste du Rotary, celle qui regroupe l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Il a été reçu par plusieurs chefs d’Etat et de Gouvernement. Aujourd’hui encore, Mohamed Benmejdoub effectue de nombreuses missions pour le compte des Présidents du Rotary International qui se succèdent.

Un dévouement sans limite
En étant le plus haut gradé arabo-musulman et africain, il a saisi l’occasion pour demander l’admission en 1985 d’un District maghrébin indépendant de la France, lui qui était pourtant Gouverneur du District qui groupait toute l’Afrique du Nord et huit départements français du sud-est de la France (Côte d’Azur…), en 1973 à 1974.

C’est grâce à lui que l’actuel District 9010 (Maroc, Tunisie, Algérie et Mauritanie) a vu le jour. «J’ai créé un District séparé de la France en relançant le Rotary en Algérie et en Tunisie et en créant le Rotary en Mauritanie», confie-t-il en soupirant, comme pour cacher ses déboires de voir interdits les clubs d’Algérie et de Tunisie par leurs gouvernements de l’époque.

Depuis 1961 à ce jour, le Rotary Maroc a pour président d’honneur le Roi Hassan II puis le Roi Mohammed VI. Son dévouement au mouvement rotarien est sans limite. Le premier club du Rotary est celui de Casablanca dit «Doyen», né en 1930 pendant le protectorat, à une époque où les Marocains n’y étaient pas admis. Il a fallu attendre l’indépendance du Maroc pour bousculer ces pratiques discriminatrices et colonialistes. «En 1958, dans les premières années de l’indépendance, deux ingénieurs marocains, Farid Kabbaj, le frère du responsable de l’UNFP dans la région du sud à l’époque, et moi-même, avons été invités à rejoindre le club Rotary d’Agadir, créé en 1952. J’ai apprécié l’idéologie du Club Rotary parce qu’elle rejoignait tout ce que j’aimais faire quand j’étais encore enfant», se rappelle-t-il. Rendre service aux autres est une qualité humaine innée chez Mohamed Benmejdoub.

Une mission délicate
En 1959, le Roi Mohammed V est venu à Agadir pour lancer l’opération de reconstruction du pont de l’Oued Souss à Aït Melloul, qui s’est effondré, ce qui a eu pour conséquence de couper le Maroc en deux. Mohamed Benmejdoub était alors chargé de construire le pont en usant d’une nouvelle technique des ponts et chaussées.

C’était sa rencontre avec le Roi Mohammed V qui, selon les souvenirs du jeune ingénieur des travaux publics, portait de l’estime pour les premiers cadres du Maroc. Le tremblement de terre de 1960 qui s’est produit en deux phases un 29 février, à 11h45 puis à 23h45, et qui a anéanti un peu plus de la moitié de la population d’Agadir (22.000 morts) allait marquer un tournant dans la vie rotarienne de Mohamed Benmejdoub. «Farid Kabbaj et moi-même devions faire le recensement du Maroc au moment où la grande tragédie s’est produite. Plus de la moitié des rotariens du club d’Agadir avaient succombé au séisme. Je suis alors intervenu auprès de la Fondation Rotary et j’ai réussi à collecter 100.000 dollars pour porter viatique aux survivants. J’ai été élu vice-président du club d’Agadir dont j’ai beaucoup contribué à sa reconstruction et sa reconstitution», lance-t-il sur un ton amer, en souvenance de ce moment tragique qui a bouleversé tout le pays. Les archives de la direction des travaux publics ont été portées disparues sous les décombres. Il fallait les reconstituer. Le jeune ingénieur se voit chargé de cette mission délicate par le ministre des Travaux publics de l’époque, Abderrahmane Benabdelali.

Il s’y met sans relâche pendant deux années. Mission accomplie, il fut rappelé à la préfecture de Casablanca comme ingénieur municipal où il laissera ses empreintes sur les études ayant donné naissance aux grands boulevards casablancais (dont l’Avenue Hassan II). Tout en gardant un pied au club Rotary d’Agadir, Mohamed Benmejdoub rejoint le club de Casablanca aux côtés de Haj Mohamed El Zizi, premier Marocain ayant adhéré à ce club historique.

Actions humanitaires
«En 1965, j’ai été élu président du club de Casablanca, qui comptait plus de 100 membres et qui disposait de moyens importants pour faire de très grandes actions humanitaires dans tous les domaines (notamment l’octroi de bourses pour étudiants marocains pour des études en France, en Allemagne, aux Etats-Unis…). Je n’avais même pas 30 ans. J’ai aimé plus le Rotary avec le club de Casablanca », souligne-t-il.

Sa fierté d’appartenir à ce mouvement humanitaire est ineffable. «Quand on devait créer l’ONU en 1945, on a fait appel au Rotary International pour fonder ses structures. Cinq présidents de l’ONU étaient rotariens. Depuis et à ce jour, tous les organismes de l’ONU se réfèrent aux consultants du Rotary International. D’ailleurs, nous avons deux représentants permanents à New York et à Genève élus par le président du Rotary international en fonction de son poids, de son rang… », raconte Mohamed Benmejdoub.

Qualités intrinsèques
Une fierté qui puise son origine dans une de ses qualités intrinsèques innées: rendre service aux autres. Encore enfant, à l’école primaire Douh à Fès, il voulait tout partager avec ses amis et camarades. Au collège Moulay Driss, fief de la politique à l’époque et qui a fait émerger les grands cadres du Maroc aux côtés du collège Moulay Youssef de Rabat et du collège de Marrakech, Mohamed Benmejdoub, comme les adolescents de son époque, était pris en main par le parti de l’Istiqlal, à travers, notamment, le scoutisme istiqlalien, où il apprenait l’amour de la patrie, entre autres. A 18 ans, il était déjà formé politiquement. Son patriotisme et sa formation politique lui ont valu l’animosité des autorités françaises. Au bac, on lui mettait les bâtons dans les roues pour le faire échouer dans l’examen oral. Il sera donc obligé de s’inscrire à l’Académie de Paris pour passer les deux baccalauréats, première et deuxième parties. A la Sorbonne, où il obtint sa Licence en mathématiques puis, après l’indépendance, il décroche son titre d’ingénieur à l’école des travaux publics de Paris. Quand Mohammed V est revenu d’exil, il faisait partie de la première délégation officielle à le saluer, composée d’étudiants marocains à Paris.

Rentré au Maroc, il contribue, avec la même ferveur, à servir les autres et son pays, à construire les routes et les ponts du Royaume et ce qui allait devenir le District maghrébin 9010 du Rotary International