Mohamed Benchaaboun, l’homme des situations difficiles

Nommé Ambassadeur du Maroc à Paris par le Roi Mohammed VI

Qu’il soit nommé ambassadeur dans la capitale européenne la plus importante stratégiquement pour le royaume, que cette nomination intervienne à une époque où les relations bilatérales sont peu ou prou brouillées (du moins sur le plan officieux), c’est dire la confiance placée en lui par le Souverain.

On peut d’ores et déjà avancer qu’à 59 ans, Mohamed Benchaaboun est à l’apogée d’une carrière atypique. Il a été nommé, dimanche 17 octobre 2021, Ambassadeur du Maroc à Paris par le Roi Mohammed VI, lors du conseil des ministres tenu au Palais royal à Fès, apprend-on d’un communiqué lu par le porte-parole du Palais Royal, Abdelhak Lamrini. Des finances à la diplomatie, Mohammed VI Benchaaboun est promu. Sa gestion, somme toute intelligente, des finances publiques et son sens élevé de la diplomatie qui apparait dans ses relations notamment aux opérateurs économiques sont autant d’atouts qui ont joué en sa faveur.

Qu’il soit nommé ambassadeur dans la capitale européenne la plus importante stratégiquement pour le royaume, que cette nomination intervienne à une époque où les relations bilatérales sont peu ou prou brouillées (du moins sur le plan officieux), c’est dire la confiance placée en lui par le Souverain. Réussira-t-il à mener à bien cette mission diplomatique délicate par les temps qui courent ? A voir la manière avec laquelle il a géré les répercussions socio-économiques de la pandémie alors qu’il était à la tête du ministère de l’Economie et des Finances, tout prête à ce que la réponse soit par l’affirmative.

En août 2018, Mohamed Benchaaboun fait son entrée au gouvernement avec une étiquette politique qu’il n’a jamais revendiquée (Rassemblement national des indépendants), après avoir été à la tête du groupe Banque populaire durant près de 10 ans (il était patron de l’ANRT auparavant). Il a remplacé Mohamed Boussaid dont la carrière a été entachée par la fameuse affaire de l’exonération des cessions d’entreprises ou d’actions de la taxe d’enregistrement qui a exempt son co-équipier au gouvernement Moulay Hafid Elalamy de payer à l’Etat 400 millions de dirhams. Mohamed Benchaaboun, lui, a pris ses distances du parti et il l’a démontré. Il s’est exclusivement consacré à la gestion d’un département monstre.

Ce diplômé de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Paris est arrivé au ministère de l’Economie et des Finances dans un contexte inédit. Les caisses de l’Etat étaient presque taries. Il a orchestré la cession de 5 CHU au CMR. Il n’était pas vraiment content de cette « solution » car depuis, il a commencé à chercher des solutions alternatives pour élargir l’assiette des recettes de l’Etat.

Il s’est retrouvé face à des dossiers épineux : des dizaines de milliards de dirhams de crédits TVA à rembourser, des délais de paiement des entreprises publiques à raccourcir, une fiscalité à réinventer, flexibilisation du dirham et financement des entreprises. L’organisation des Assises de la Fiscalité à Skhirat, en mai 2019 et les engagements pris à l’issue de cet évènement afin de parvenir à «une fiscalité juste, équitable, cohérente, efficace et transparente» ont démontré que cet argentier du royaume a une démarche singulière et sincère qui le distingue de ses prédécesseurs.

En vérité, M. Benchaaboun a réussi à apaiser la tension née entre le gouvernement et le patronat, surtout après les dossiers du boycott et des ATD (Avis à tiers détenteur) qui ont sérieusement entamé la confiance des opérateurs économiques vis-à-vis de l’Etat. Le nouveau ministre s’est attelé à retisser les ficelles de cette confiance brisée avec ses ex-compagnons du secteur privé. Et on peut dire qu’il y est parvenu, tout compte fait. La réconciliation entre le secteur privé et l’Etat a été actée lors du passage remarqué du ministre à l’Université d’été de la CGEM, en septembre 2019. Ce qu’il avait promis alors, il l’a tenu, puisque plus de 40 milliards de dirhams ont ainsi été remboursés aux entreprises. C’est dire son aplomb et ses moyens de communication qui ne le trahissent pas. Il écoute, analyse et décide après concertation.

Et puis, il y a eu la pandémie. Les décisions à prendre étaient très difficiles certes, surtout en ce qui concerne l’endettement à l’extérieur. Avec une dette publique globale atteignant actuellement 100% du PIB, M. Benchaaboun a subi toutes les critiques acerbes après avoir ouvert les vannes des emprunts à l’international, car il en va du présent et du futur des Marocains.

En tout état de cause, le bilan à son actif est positif. L’on retiendra sa force communicationnelle et sa capacité à fédérer.

Au final, c’est ce qui le rend apte à assumer sa nouvelle fonction. Ce technocrate aguerri, qui a fait ses premiers pas dans la politique, n’aura pas la tâche facile. Mais pour ceux qui le connaissent de près, ils savent que c’est un homme patient qui ne lâche jamais prise.