Mohamed Benajiba, directeur du Centre national de transfusion sanguine de Rabat

Mohamed Benajiba - © Photo : DR Mohamed Benajiba - © Photo : DR

“La crise est dépassée, mais les Marocains doivent acquérir la culture de don de sang”


Maroc Hebdo: On parle de crise  des stocks de sang au Maroc...
Mohamed Benajiba:
Il s’agit  plutôt d’une période critique,  qui est déclarée chaque année  au niveau international même.  Nous avons justement lancé un  appel pour le don de sang pour  surmonter cette phase. Je tiens  à préciser que cette baisse a lieu  régulièrement, à l’occasion des vacances estivales, car les gens sont  occupés.


Donc, ce n’est pas une crise  exceptionnelle?
Mohamed Benajiba:
Si, c’en  est une. Car cette fois ci, ladite  période critique a été aggravée et  prolongée à cause des élections  du 4 septembre. Il faut savoir  qu’il était impossible de faire des collectes externes dans les centres  de transfusion, parce que cela  pouvait être considéré comme étant  une campagne électorale pour tel  ou tel parti politique. Cela a eu des  effets significatifs, car la collecte  externe représente 60 à 70% de nos  ressources de sang.


Peut-on dire aussi que les Marocains  hésitent encore à faire don de leur  sang?
Mohamed Benajiba:
Tout d’abord, il  faut reconnaître que les Marocains  n’ont pas encore acquis la culture  de don de sang, qui «oblige»  pratiquement le citoyen à organiser  un programme pour l’année. Le don  de sang doit être un rendez-vous  ponctuel, au lieu des initiatives  irrégulières animées par les  campagnes ou les appels au don.  Actuellement, la part des donneurs  réguliers, qui le font au moins une  fois par an, ne dépasse pas les 15%.  Les gens doivent être conscients  de l’importance et de la nécessité  de donner leur sang, et surtout  d’intégrer cette culture dans leur  vie.


Et Comment réaliser cela?
Mohamed Benajiba:
Tout d’abord,  cela nécessite l’implication et  l’application de toutes les parties  concernées. De notre côté, nous  avons créé, il y a 2 ans, un Comité  national de promotion du don de  sang. Cet organisme rassemble les différents professionnels du  don de sang, des journalistes,  des artistes, des sportifs et des  représentants de la société civile.  Egalement, nous avons renforcé  la communication sur cette  question, grâce notamment aux  médias qui répondent toujours  présent. La preuve, nous sommes  passés de 70 ou 80 donneurs par  jour à 520 après notre appel du  vendredi 11 septembre.


D’autre part, nous avons implanté  des services de promotion du  don de sang dans les Centres  régionaux de transfusion de sang  (CRTS), avec des responsables  à leur tête pour mener un  programme de sensibilisation  bien défini. Dans ce sens, des  conférences sont organisées dans  les sites de prélèvement et dans  les principales agglomérations.  Par ailleurs, nous avons conclu  une convention avec la Fondation  Mohammed VI des préposés  religieux.


La dimension religieuse peut donc  jouer un rôle?
Mohamed Benajiba:
Absolument.  La Fondation mobilise son  personnel pour sensibiliser les  fidèles, et nous permet ainsi  d’organiser des collectes de sang  à l’intérieur des mosquées.


Comment évaluez-vous la  situation actuelle des stocks de  sang au Maroc?
Mohamed Benajiba:
Nous  vérifions l a situation  constamment. Concernant le  site de Rabat, locomotive sur le  plan national, la situation s’est  nettement améliorée à partir du 12 septembre. Nous sommes  passés de 500 à 1.167 unités en  l’espace de trois jours, tout en  satisfaisant la demande en cours.  Cela est rassurant, vu que nous  livrons 250 à 280 unités par jour.  Nous avons atteint notre premier  objectif, à savoir un stock de 5  jours. Mais cela ne nous empêche  pas de vouloir faire mieux. J’ai  eu également des échos des  autres sites, comme celui de  Casablanca, qui a été inondé par  les donneurs.


Pouvez-vous nous retracer le  cycle du sang à partir du moment  de don?
Mohamed Benajiba:
Dans un  premier temps, le donneur  se présente chez le médecin du site de prélèvement, pour  effectuer un entretien médical  indispensable. Le médecin  cherche un certain nombre de  contre-indications qui pourraient  mettre en danger la santé du  demandeur et du donneur. Si ce  dernier est jugé apte, il passe à  l’étape du prélèvement, qui dure  une dizaine de minutes. La poche  de sang prélevé, dit sang total,  est gardée en quarantaine dans  une température ambiante, c’est  à dire 22 à 24 degrés pendant  24 heures. Ensuite, cette poche  subit la «séparation», donnant ainsi trois produits différents, à  savoir le concentré de globules  rouges, le concentré de plasma  et le concentré de plaquettes.  Chacun de ces produits passe  par un processus particulier  de préservation, avant d’être  soumis à deux types d’analyses.  L’un pour définir le groupage, et  l’autre pour chercher d’éventuels  virus, comme le Sida, les  hépatites B et C, ou la syphilis.


Quels sont vos objectifs une fois  la période critique surmontée?
Mohamed Benajiba:
Nous  sommes déjà en train de mettre  en oeuvre la stratégie 2012-  2016 pour atteindre le seuil de  l’autosuffisance recommandé par  l’Organisation mondiale de santé (OMS). Cela consiste à réaliser  un taux de 1% de donneurs de  sang par rapport à la population  totale du Maroc. Pour l’instant,  on compte 315.000 donneurs,  soit 85% de l’objectif escompté.  Il nous reste une année pour  achever l’autosuffisance.


Et sur le long terme?
Mohamed Benajiba:
Nous ciblons  un taux de 3% de donneurs de  sang, ce qui permettrait de  constituer un stock couvrant 3 à  4 semaines des besoins de sang.


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