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Mohamed Bamansour: "Le contrat-programme pour le soutien du secteur touristique est une coquille vide"

Secrétaire général de la Fédération nationale du transport touristique au Maroc

Malgré l’engagement du gouvernement, à travers la signature d’un contratprogramme en août 2020, à soutenir les opérateurs touristiques et les accompagner durant cette crise, ces derniers se révoltent et crient à l’arnaque. Presque rien n’a été fait et le gouvernement fait la sourde oreille. En tout cas, les opérateurs du transport touristique montent au créneau, mettant en place un programme de manifestations et sit-in dans toutes les régions du pays. Le point avec Mohamed Bamansour, secrétaire général de la Fédération nationale du transport touristique au Maroc.

Vous avez organisé des sit-in, le mardi 9 février 2021, dans plusieurs régions du pays. Après plusieurs demandes d’aides auprès du gouvernement, des réunions, des actions de lobbying, rien n’a été fait pour limiter la casse dans le secteur du transport touristique. Les manifestations dans la rue, votre dernier recours pour que le gouvernement accepte d’entendre votre voix?
Nous avons effectivement organisé plusieurs manifestations dans quasiment toutes les régions du pays. Elles ont été une réussite grâce à la mobilisation des employés de ce secteur, qui agonisent depuis près d’un an. Aujourd’hui, seulement 14% des entreprises sont en activité. Nous avions nourri beaucoup d’espoir par rapport aux annonces et engagements de soutien par le gouvernement, ainsi que les campagnes de promotion du tourisme interne. Mais ce n’était que de la poudre aux yeux. Nous avons été carrément délaissés.

Pourtant le gouvernement s’est engagé à vous soutenir, notamment à travers un contrat-programme 2020-2022 signé avec Confédération nationale du tourisme (CNT). Qu’est-ce qui bloque?
Effectivement, un contrat-programme a été signé en août 2020. Mais il s’avère une coquille vide. Rien ou presque n’a été mis en oeuvre pour le moment. Avant le contrat-programme, nous avons tenu plusieurs réunions avec le ministère du Tourisme, nous avons convenu sur plusieurs points, mais rien n’a été fait. Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement ne veut pas honorer ses engagements, des dizaines de milliers de Marocains souffrent à cause de cette lenteur et ce manque de coordination entre les différents départements ministériels.

Que reprochez-vous concrètement au gouvernement?
Concrètement, comment se fait-il qu’on impose à un secteur à l’arrêt depuis mars 2020 de payer des taxes et des impôts? C’est insensé, illogique et contre-productif. Au lieu de nous soutenir, l’Etat nous enfonce davantage dans notre crise. Comment voulez-vous que je paie la vignette sur des véhicules immobilisés depuis des mois? C’est du n’importe quoi! Par ailleurs, nous avons convenu d’un report des échéances de nos crédits.

C’est bien sur le papier, mais sur le terrain c’est autre chose. Les organismes de financement, les sociétés de crédit et de leasing refusent de jouer le jeu et font preuve d’un manque de solidarité. Ils nous disent qu’ils n’ont rien reçu d’officiel. Certains, effectivement, proposent des reports à certains de leurs clients, mais qui ne font pas partie du dispositif de soutien. Avec ces reports «commerciaux », très contraignants, tu te retrouves à payer 13% d’intérêts supplémentaires chaque trimestre.

Le gouvernement s’est engagé à octroyer une indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 dirhams aux employés du secteur du tourisme en arrêt de travail…
Effectivement, mais cette mesure, certes salutaire, présente plusieurs lacunes. Le secteur du transport touristique emploie 13.000 salariés, dont certains n’ont pas reçu cette indemnité car elle est conditionnée par une déclaration à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) le mois de février 2020. Même si t’es déclaré des dizaines d’années et que t’as eu le malheur de ne pas l’être le mois de février 2020, tu ne bénéficieras pas de cette indemnité. De même, pour les 8.000 saisonniers auxquels nous faisons appel lors de périodes de pic, ils ne font pas partie de la catégorie de bénéficiaires.

Vous avez déclaré être déçus par les annonces du ministère du Tourisme relatives à la promotion du tourisme interne. Pourquoi?
Il existe d’énormes contradictions et manque de coordination entre les ministères du tourisme et de l’Intérieur. On parle de promotion du tourisme interne, et en parallèle on vous refuse les autorisations de déplacements.

Pire, plusieurs chauffeurs qui transportaient des touristes, et qui disposaient d’autorisations, ont été bloqués et priés de rebrousser chemin. Ceci alors que d’autres compagnies de transport connues de la place ne sont pas dérangées. Il y a un deux poids-deux mesures que nous n’acceptons pas. Et la liste est longue des dysfonctionnements, aberrations et manque de soutien auxquels nous faisons face.

Quelles actions allez-vous entamer après les manifestations de cette semaine?
Il y en aura d’autres, en plus d’une marche que nous allons organiser très prochainement vers Rabat. Nous allons tout faire que le gouvernement intervienne et nous vienne réellement en aide. Aujourd’hui, 86% des entreprises sont en arrêt d’activité. Plusieurs ont mis la clé sous le paillasson, d’autres leur emboîteront le pas si rien n’est fait.