LE MINISTRE DE LA SANTÉ EST-IL SEUL MAÎTRE À BORD?

LA SANTÉ DE L’ÉCONOMIE VS LA SANTÉ DES MAROCAINS

L’intervention de M. Benchaâboun est un signal que les caisses de l’Etat ont quasiment tari, qu’il va falloir relancer les exportations comme un contrepoids à l’explosion des importations, y compris la chloroquine. Tout bien pensé, Khalid Aït Taleb n’est pas seul maître à bord. Il y a une main invisible qui expose M. Aït Taleb au feu.

Au vu de l’intervention du Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, devant les deux chambres le 18 mai 2020, puis celle du ministre des Finances, Mohamed Benchaâboun, le 19 mai 2020, deux postulats émergent: la santé des Marocains est une priorité sur laquelle on ne négocie pas et la santé de l’économie est aussi une priorité sur laquelle on ne badine pas. Selon le raisonnement du Chef du gouvernement, les experts du ministère de la Santé craignent de nouveaux foyers qui compromettraient les acquis et cherchent à faire baisser le taux de reproduction (RO) à 0,7% alors qu’il est actuellement à 0,9% et au moment où la moyenne mondiale acceptable est de 1%.

Si tous les indicateurs sont encourageants, pourquoi maintenir le confinement? Car ailleurs, par exemple en Italie, où le nombre de morts a dépassé la barre de 31.000, le déconfinement n’a pas contribué à un pic de contaminations. Idem en France. De là à se laisser convaincre qu’il est question de fermeté dans le contrôle des mesures de confinement et de prévention dans les usines et les lieux de grande concentration de la population. De là à délimiter les responsabilités du relâchement de la police, des autorités locales, du ministère de l’Industrie (à travers ses commissions de contrôle) dans la réapparition de foyers industriels.

L’économie en otage
De cet état des lieux, il en ressort que la coordination entre les membres du gouvernement n’est pas exemplaire en ces temps de crise sanitaire. Le déconfinement dépend de l’efficience de cette coordination. Que le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, ne vient donc pas à chaque fois imposer ses règles et prôner l’idéal comme condition pour une levée progressive de l’état d’urgence sanitaire. Tout le monde a l’impression qu’il détient de superpouvoirs et de sa volonté dépend, par exemple, la décision de rapatrier les Marocains bloqués à l’étranger. Tout le monde le pointe du doigt. La sécurité sanitaire est évoquée à tout-va pour justifier telle décision ou tel report.

Mais quand on prend du recul, l’ont s’aperçoit qu’on cherche à évacuer ses responsabilités et les jeter sur ce membre du gouvernement qui paraît comme la colonne vertébrale de la stratégie de lutte contre la propagation du virus. Cette perception a été trahie le 19 mai par Mohamed Benchaâboun, le ministre des Finances. Celui-ci a dit les quatre vérités. La santé de l’économie nationale est sérieusement consumée. La crise cardiaque est imminente. D’après son speech, le prolongement du confinement serait à moitié une mauvaise décision. Il partage l’avis de proroger jusqu’au lendemain de l’Aïd Al Fitr pour éviter «une catastrophe».

Mais, au-delà, impossible de continuer à prendre en otage l’économie. Les importations de produits utiles et inutiles ont fini par pomper les réserves de devises (équivalent à 5 mois et demi d’importation), les 3 milliards de dollars de la LPL et le 1 milliard contracté sur le marché financier européen. Donc, l’intervention de M. Benchaâboun est un signal que les caisses de l’Etat ont quasiment tari, qu’il va falloir relancer l’économie et surtout quelques exportations comme un contrepoids à l’explosion des importations de tout, y compris la chloroquine qu’un laboratoire marocain produit localement.

S’il y a une lecture qui peut être faite de ces données, c’est que, tout bien pensé, M. Aït Taleb n’est pas seul maître à bord. Il y a une main invisible qui l’expose au feu. Les intérêts de certains milieux d’affaires à l’importation semblent plus forts et plus pressants que toute autre considération.


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