Le ministre et les homards

Casser la carrière politique de quelqu'un pour un homard n’est pas concevable au maroc.

Une facture salée pour des mets fins livrés à domicile; quoi de surprenant ou d’inqualifiable pour un ancien président de l’Assemblée nationale française? Même si le ministre a cédé à la tentation de garnir ses mets de homards, son plat favori, au point de contaminer les autres convives, sûr de son fait de générosité… avec l’argent du contribuable. C’est ce qui ressort d’une enquête réalisée par Médiapart, un grand journal électronique français. Le fruit de mer en question est très prisé dans les milieux qui tirent plus vite que leurs cartes de crédit. Comme pour aggraver son cas, celui qui occupait le perchoir au moment de l’affaire, invitait lui-même ses convives à son domicile de fonction. Autour de la table, rien que du beau monde dont des membres de la famille du ministre, François de Rugy.

Comble de naïveté, M. de Rugy voulait être au plus proche point de rencontre entre des représentants de la classe politique et des fragments de la société civile. Une opération de rapprochement qui a un coût, obligeant certainement le ministre à tirer un peu plus sur son budget de représentation. C’est à ce moment précis que Médiapart a choisi de refaire les calculs avec M. de Rugy. Un sandwich après l’autre, l’équipe des journalistes a révélé, preuve à l’appui, que le ministre a organisé entre l’automne 2017 et l’été 2018, une dizaine de dîners avec champagne de marque et grands crus millésimés et les fameux homards. Il y a eu d’autres faits accusatoires relevés par le site d’information. Mais le plus rigolo reste l’histoire de ce crustacé de luxe à répétition et de dilapidation de deniers publics. Cette étude documentaire à rebrousse-poil va porter un coup au gouvernement français. Il a fini par tomber à force d’être secoué par les révélations de Médiapart. M. de Rugy a finalement démissionné, histoire de ne pas faire de l’ombre aux éclats des dorures de la république. Ce qui a faire écrire au journaliste Frédéric Mas: «Homard m’a tuer», en référence à l’affaire Omar Raddad.

Comparaison n’est pas raison, mais peut-on, par un voyage virtuel, transposer pareille situation au Maroc? Sans vouloir finasser sur le rapport qualité-prix, l’histoire du homard en France ferait ricaner plus d’un dans les milieux politiques marocains. Tout ça pour ça, dira-t-on. Casser la carrière politique de quelqu’un pour un homard et autres broutilles de la même veine, n’est pas concevable. Au Maroc, des administratifs corrompus qui font la fête financée par de bons clients corrupteurs, à la réputation établie, c’est carrément monnaie courante. C’est que la ligne de démarcation entre corrupteurs et corrompus n’est jamais très claire, ni dans les faits, ni dans les esprits. Pas plus d’ailleurs que le flou artistique entre bakchich et gros sous. Beaucoup trop souvent, on arrête et on juge pour moins que ça. Les Marocains sont convaincus que les gros bonnets courent toujours


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