Mineurs marocains en france: Le problème demeure

La question des mineurs marocains en situation irrégulière en Hexagone, qui a défrayé la chronique suite aux propos qualifiés de “scandaleux” à leur sujet par le gouvernement français du polémiste Eric Zemmour, est à l’évidence loin d’être réglée.

“Voleurs”, “assassins”, “violeurs”: voilà à quoi se réduiraient, en gros, les mineurs se trouvant en situation irrégulière en France à en croire le polémiste français Eric Zemmour, qui, fidèle à son statut désormais solidement ancré de premier contempteur de l’islam et des musulmans en Hexagone -il vient d’ailleurs d’être condamné, le 25 septembre, pour les propos antimusulmans qu’il avait tenus à la Convention de la droite de septembre 2019-, n’a surtout pas raté l’occasion de montrer en particulier du doigt ceux de ces mineurs qui sont originaires des pays musulmans et notamment du Maroc.

M. Zemmour avait ainsi le 30 septembre 2020, au cours de l’émission Face à l’info de la chaîne de télévision française CNews dont il est le chroniqueur vedette, nommément cité le Royaume au même titre que “le Pakistan et autres” pays qui, selon lui, devraient faire l’objet de “pression (...) en menaçant de supprimer les aides innombrables que nous donnons à ces gouvernements pour qu’ils tiennent leur population”. “Il faut (...) renvoyer [ces mineurs], il ne faut même pas qu’ils viennent,” avait-il au préalable appelé. Des déclarations qui, naturellement, ne pouvaient que faire réagir.

Dans le rang du gouvernement, le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, a qualifié “les propos” de M. Zemmour de “tout bonnement scandaleux”. “Ils sont très loin de ce que je vois sur le terrain,” a-t-il indiqué. Pour leur part, plusieurs départements ont décidé de porter plainte; la présidente du conseil départemental du Finistère, Nathalie Sarrabezolles, allant jusqu’à dénoncer des “propos racistes, tout simplement abjects”. Son homologue de l’Aude, Hélène Sandragné, a, elle, regretté dans un post sur Facebook, le 3 octobre, que les “victimes” de M. Zemmour “cette fois, ce sont des enfants, les mineurs isolés sur notre territoire. Victimes du racisme d’un journaliste qui bafoue en permanence la déontologie de son métier. Victimes d’une généralisation abusive qui jette l’opprobre sur tous les mineurs non accompagnés”.

Des propos scandaleux
Même la présidente du parti de l’extrême droite du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, qui elle-même pourtant peut s’enorgueillir d’un long passif de déclarations antimusulmanes -elle avait notamment comparé, en décembre 2010, la présence musulmane en France à l’occupation nazie-, a déclaré sur la radio RTL France, où elle était invitée ce 6 octobre, que le “propos” de M. Zemmour “était évidemment excessif”. “Je crois que la totalité des Français sont conscients que jamais un groupe entier n’est constitué de violeurs, de voleurs ou d’assassins”, a-t-elle ajouté.

Du côté du Maroc, aucune réaction, pour l’heure, n’est encore à signaler, même si l’on peut imaginer que la polémique est suivie de près. Ainsi, l’on sait de la bouche du député LREM (La République en marche) Florian Bachelier, qui s’était exprimé à ce propos dans une interview publiée par le journal français Le Télégramme le 25 août, que c’est le roi Mohammed VI en personne qui, directement avec le président français Emmanuel Macron, traite le dossier.

L’élu, réputé proche de l’actuel garde des Sceaux français et, pour l’anecdote, avocat personnel du Souverain, Eric Dupond-Moretti, avait ainsi révélé que “des discussions” étaient en cours “entre” les deux chefs d’État “pour qu’un centre d’hébergement, de formation et de soins soit créé directement au Maroc afin de prendre en charge [les mineurs marocains en situation irrégulière] dans leur pays”.

Carences affectives
M. Bachelier avait, dans l’interview, surtout évoqué le cas des mineurs se trouvant en Bretagne, région où il est député -plus précisément dans la huitième circonscription d’Ille-et-Vilaine, qui couvre notamment une partie de la ville de Rennes-, mais c’est particulièrement la trentaine de mineurs marocains du quartier de la Goutte-d’Or, à Paris, qui ont le plus défrayé la chronique au cours des dernières années.

Originaires de Fès, Tanger ou encore de Casablanca et généralement âgés de 13 à 17 ans, ils ont fait l’objet de nombreux reportages dans les médias français, décrivant leurs “itinéraires empreints de violence, d’abandon et d’espoir”, comme a écrit le quotidien Le Parisien dans un article publié le 29 septembre. “C’est un travail d’orfèvre qu’il faut faire pour prendre en charge individuellement ces jeunes et trouver une réponse adaptée à chacun d’entre eux. Beaucoup souffrent de carences physiques, morales et affectives,” confiait, à leur propos à la publication parisienne, Aurélie El Hasak-Marzorati, directrice générale du Centre d’action sociale protestant (CASP), à qui la mairie de Paris a confié la mission de prendre en charge lesdits mineurs.

Beaucoup sont toxicomanes, étant notamment addicts à la colle, habitude qu’ils auraient prise depuis leurs plus jeunes années au Maroc. Certains se droguent aussi au clonazépam, le fameux “qarqoubi”, et d’aucuns sont même passés, d’après les ONG qui les suivent, à la cocaïne.

Logique de protection
Membre de l’association Trajectoires, qui avait travaillé en 2017-2018 sur un rapport commandé par la mairie de Paris sur ces mineurs, le sociologue Olivier Peyroux avait mis en évidence dans une interview publiée le 8 septembre par le quotidien français 20 Minutes le fait que leur “situation (...) est non seulement à la croisée de plusieurs problématiques -la protection de la jeunesse, la justice, la police, la toxicomanie- mais est également relativement nouvelle”. “Il faudrait des services de police spécialisés et une protection adaptée car la prise en charge classique ne fonctionne pas.

La plupart s’enfuient des foyers dans lesquels ils sont placés, refusent toute aide. La protection est une condition du démantèlement de ces réseaux alors qu’aujourd’hui on est dans une logique de répression,” avait-il souligné. Et à rebours des déclarations de M. Zemmour sur CNews, il avait indiqué que “certains jeunes s’en sortent”; que si “certains sont repartis comme ils sont venus sans qu’on sache ce qu’ils font ni où ils sont aujourd’hui, (...) d’autres se sont réinsérés”.

Le rapport de Trajectoires avait, pour rappel, dès juin 2018 conduit la préfecture de police de Paris à signer avec l’ambassadeur du Maroc dans la Ville lumière, Chakib Benmoussa, un accord ayant consisté à dépêcher des fonctionnaires marocains en France pour auditionner les 813 mineurs marocains en situation irrégulière recensés alors dans ses rues pour les identifier et, éventuellement, les rapatrier. Mais à l’évidence, le problème persiste.

Le ministre de l’Intérieur français, Gérald Darmanin, avait, pour sa part, fait part le 23 septembre sur la radio France Inter de son intention de se rendre avec le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, au Maroc mais aussi en Algérie pour discuter de la question de leurs mineurs se trouvant en situation irrégulière en France. D’autres pays européens comptent également de nombreux mineurs marocains dans la même situation à l’instar notamment de l’Allemagne, dont la chancelière, Angela Merkel, s’était pour rappel entretenue avec le roi Mohammed VI à leur sujet en janvier 2016.


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