Miloudi Moukharik : "Le gouvernement doit intervenir pour augmenter le pouvoir d'achat des salariés"

Entretien avec Miloudi Moukharik , secrétaire général de l'UMT

L’UMT prend note de l’annonce par le Chef du gouvernement de l’ouverture du dialogue social. Mais elle réclame un ordre du jour précis devant déboucher sur des résultats concrets pour les salariés et l’ensemble des citoyens.

La situation sociale est tendue vu les hausses des prix des produits de première nécessité. Comment la voyezvous en tant que syndicaliste?
Il est vrai que depuis des mois chaque jour apporte son lot de hausse des prix touchant notamment les produits de première nécessité. Les citoyens et les citoyennes voient leurs porte-monnaies chaque jour plus légers que la veille. Le pouvoir d’achat des Marocains reçoit ces coups de plein fouet. Et, comme vous le dites, c’est une situation très tendue.

On peut, de bonne foi, évoquer autant d’hypothèses que l’on veut comme par exemple: ces hausses des prix sontelles dues à la libéralisation des prix? Ou sont-elles liées au renchérissement des prix des matières premières sur le marché international, comme le répètent certains analystes ou tout simplement le fait de certains spéculateurs? Mais la principale question à laquelle il faut une réponse urgente est: que fait, ou compte faire, le gouvernement pour arrêter ces hausses et comment rétablir un peu du pouvoir d’achat des citoyens, les salariés en premier lieu?

Vous voulez dire des hausses de salaires?
Bien sûr, et pour cela il faut des négociations entre les syndicats et le patronat ou un dialogue social avec le gouvernement. Malheureusement, peu de secteurs ont ouvert des négociations avec les représentants des salariés. Des secteurs comme le transport maritime, l’industrie pharmaceutique et agro-alimentaire qui ont réalisé des bénéfices énormes pendant cette période de crise liée à la pandémie du Covid 19 n’ont-ils pas le devoir de revoir les salaires de leurs employés à la hausse? Le gouvernement ne doit-il pas agir pour inciter des industriels non impactés par la crise à améliorer les conditions de travail des salariés surtout au vu des hausses des prix de pratiquement tous les produits? Nous avons toujours appelé à indexer la revalorisation des salaires sur le coût de la vie. Mais aucun gouvernement à ce jour n’a donné suite à cette revendication. Laquelle, si elle est prise en considération, permettrait d’éviter que la situation sociale soit aussi tendue et aussi inquiétante. Je le répète, le gouvernement doit intervenir pour augmenter le pouvoir d’achat des salariés.

Mais, lors de son passage à la télévision nationale pour présenter le bilan des 100 jours de son gouvernement, Aziz Akhannouch a parlé des centrales syndicales comme un véritable partenaire et qu’il compte ouvrir les rounds de dialogue social…
Nous avons pris acte de cette déclaration et pris également note de la déclaration de M. Akhannouch annonçant que ces rencontres vont démarrer courant du mois de février 2022. Mais nous attendons des dates fixes, une méthodologie de travail claire et un ordre du jour qui prenne en considération les revendications des centrales syndicales. Autrement dit, un ordre du jour devant aboutir à des résultats concrets.

A commencer par le respect des libertés syndicales, qui ont connu une régression historique sous les gouvernements PJD de Abdelilah Benkirane et Saâd Eddine El Othmani. A tel point que constituer un bureau syndical ou présenter un cahier de revendications est devenu synonyme de licenciement sans que le gouvernement ne bouge le petit doigt. Nous réclamons aussi, bien entendu, l’amélioration des conditions de travail et l’intervention stricte du gouvernement pour arrêter cette spirale de la hausse des prix des produits de première nécessité. Nous allons poser aussi le problème de la justice fiscale, qui plombe toute volonté de justice sociale.

C’est-à-dire?
L’UMT réclame depuis des années, et va continuer à le faire, la baisse des charges fiscales dont pâtissent les salariés, aussi bien du privé que du public. Au Maroc, nous avons le taux de l’IR (impôt sur le revenu) le plus élevé de la région méditerranéenne, pour ne pas dire mondiale. Il est de 38%. Seuls les salariés le paient parce qu’il est retenu à la source. Nous avons proposé sa révision lors des discussions de la loi des finances mais le gouvernement a refusé notre proposition.

La baisse du taux de l’IR fait d’ailleurs partie des recommandations des dernières Assises de la finance. Au même moment, le même gouvernement accorde à travers des mesures fiscales des aides en milliards de dirhams pour les promoteurs immobiliers, les propriétaires terriens et les gros agriculteurs...

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