DES MILLIONS DE MAROCAINS SANS RESSOURCES

UNE BOMBE SOCIALE QUI RISQUE D’EXPLOSER À TOUT MOMENT

Officiellement, au moins 1 million de salariés sont au chômage pour cause du coronavirus. A ceux-là s’ajoutent des millions de Marocains, dans l’informel, qui ont perdu leur gagne-pain. Une réalité qui complique la gestion de l’après-Covid- 19 et qui appelle à une véritable remise en question.

Rien qu’au 1er trimestre, 208.000 personnes sont venues grossir les rangs des chômeurs selon le HCP, qui précise que 30,4% se sont retrouvées dans cette situation suite au licenciement ou à l’arrêt de l’activité de leur établissement employeur. Qu’en serat- il à la fin du deuxième trimestre? Sachant que les cessations d’activité sont intervenues pendant le mois d’avril et le début du mois de mai, le pronostic n’en sera que plus alarmant. D’ailleurs, le HCP le confirme en soulignant que le chiffre du 2e trimestre sera certainement beaucoup plus inquiétant, car c’est en avril et mai que la crise a atteint son pic dans le Royaume. Au bas mot, 800.000 autres personnes renforceront les longues files des sans-emploi. Le Comité de veille économique (CVE), lui, parle de 950.000 salariés rien que pour le mois d’avril 2020. Ces statistiques ne tiennent pas compte de toute la réalité du chômage. Car les personnes déclarées comme chômeurs sont soit ceux qui s’inscrivent à l’Anapec (Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences) en tant que tels ou (exceptionnellement pendant le Covid-19) ceux que leurs employeurs ont inscrits à la CNSS comme licenciés économiques.

Que faut-il en tirer? Que le taux de chômage réel est beaucoup plus important. La preuve a été donnée au cours de cette crise sanitaire. Le soutien aux travailleurs dans l’informel et aux ramedistes, dans le cadre des aides accordées aux familles nécessiteuses impactées par le Covid-19, a révélé qu’au moins 4,3 millions de familles vivent dans la précarité. Une vérité qui constitue une bombe à retardement et menacerait la stabilité sociale du pays.

L’aide aux ménages disposant d’une carte du Régime d’Assistance Médicale (Ramed) et affectés par les conséquences de la quarantaine imposée a dénudé la structure sociale fragile de notre pays. Le nombre de ménages concernés par ce soutien a atteint environ 2,3 millions ménages, dont 38% sont issus du milieu rural. Ajoutés à ceux qui ne portent pas l’étiquette du Ramed, le nombre total des familles végétant dans l’informel et bénéficiant du soutien du Fonds spécial Covid-19 atteint 4,3 millions de familles.

La question qui se pose toujours: A-t-on vraiment recensé et touché l’ensemble de cette population qui végète dans la précarité? Cette population ne comprend donc pas tous les travailleurs dans le secteur formel qui ne sont pas déclarés: serveurs dans les cafés et restaurants, employés des bains maures, des salons de coiffure, des commerces avec patente… ainsi que toutes les personnes en situation de pauvreté (veuves, handicapés, personnes inactives…) et qui parvenaient à se débrouiller en temps normal (mendicité, aide de bienfaiteurs et d’associations…). C’est dire que cette pandémie a eu le mérite de révéler une vérité implacable. La précarité règne au Maroc. L’après-Covid-19 appelle ainsi à une véritable remise en question.


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