Mi-mandat du gouvernement Akhannouch : De quel bilan parle-t-on?

Le bilan social est le véritable baromètre du travail du gouvernement. Or la santé, l’emploi et l’enseignement peinent sous le regard complice du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui tambourinent sans cesse que le Maroc est un bon élève.


Le bilan de mi-mandat présenté par Aziz Akhannouch, le Chef du gouvernement, a attendu le résultat du dialogue social pour faire des annonces. De légères augmentations et baisses, les premières concernent le salaire minimum (SMIG, SMAG…) et les secondes l’Impôt sur le revenu (IR). Les revendications relatives à la réforme du code du travail ou encore le droit de grève ont dû encore une fois attendre. Sauf que les augmentations de 500 ou 1.000 dirhams, imposables svp, ne sont pas immédiates. C’est dire que la priorité a été plus accordé aux effets d’annonce face à une cherté de la vie qui réduit comme une peau de chagrin le pouvoir d’achat de l’écrasante majorité des citoyens.

Chantier royal
Ce qui montre qu’aussi bien le gouvernement que les syndicats, aux abois du fait notamment de la crise du secteur de l’éducation et leur échec à répondre aux revendications des concernés, ont bien soigné leur communication. Pourquoi? Parce qu’on a omis de rappeler que durant l’année 2023 l’économie nationale a perdu 157.000 postes d’emploi, après la perte de 24.000 postes une année auparavant et que le taux de chômage a progressé, passant de 11,8% à 13% (+1,2 point). Un jeune sur deux est sans emploi. C’est alarmant d’autant plus que l’emploi détaché de la croissance économique devient un peu la règle.

L’emploi sous-payé et précaire gagne du terrain, et c’est d’autant plus inquiétant qu’il trouve un terrain fertile particulièrement dans les secteurs des services (hôtellerie entre autres…) et dans l’agriculture. Pour ne citer que le volet social, mis en exergue par le cabinet Akhannouch, le chantier royal de l’État social méritait d’être cité en long et en large. Parce que c’est une initiative de S.M. le Roi Mohammed VI et qu’il a permis au Maroc de faire un grand pas en avant en matière de sécurité sociale. Que M. Akhannouch le rappelle est une bonne chose en soi.


Tarifs publics
Mais encore faut-il souligner que c’est l’Exécutif qui se charge de son implémentation et qui en assume, partant, les conséquences des éventuels échecs de sa mise en oeuvre. Il en est comptable, comme en ce qui concerne les autres chantiers et promesses contenues dans le programme gouvernemental. Avant d’aller plus loin, la décompensation des matières premières et de première nécessite finance en grande partie ce chantier. C’est une hérésie qui ne manquera pas de faire tache sur le bilan. L’inflation ou la hausse générale des prix à la consommation ne peut être justifiée par la seule conjoncture géopolitique ou économique internationale.

On ne fait presque rien pour la juguler. Les aides et les subventions sont octroyées ci et là mais en contrepartie de quoi? Dans le cas des subventions destinées aux transporteurs, cela ne se répercute pas sur les tarifs publics ou les prix des légumes et fruits… A quoi bon, donc?! Et puis, la décompensation est une forme de distribution des richesses, incontournable quand on adopte l’indice de l’inflation sous-jacente qui ne renseigne pas vraiment sur le coût de la vie.

Toujours par rapport au bilan de l’Exécutif, le bilan social, nous en convenons, est le véritable baromètre du travail du gouvernement. Or la santé, l’emploi et l’enseignement peinent sous le regard complice du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale qui tambourinent sans cesse que le Maroc est un bon élève car il accepte, sans broncher, des coupes dans les budgets sociaux. L’hôpital public est délaissé au profit des cliniques privées qui pullulent ces derniers temps comme par hasard. Mais le hasard n’a pas sa place ici. Tout a un lien avec le défunt Ramed et l’actuelle généralisation de la couverture sociale qui écarte beaucoup de pauvres et de gens non-pistonnés.

Quant à l’enseignement, qui accapare un des gros budgets de l’État, la crise de l’éducation qui dure depuis des années, exaspérée jadis par les grèves, en dit long sur l’orientation gouvernementale. C’est plus une question d’argent qu’une volonté de façonner les citoyens de demain. C’est dire, au final, qu’un bilan, truffée de chiffres déchiffrables pour le commun des mortels, est d’abord un bilan du ressenti et du vécu quotidien du citoyen.

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