La mendicité infantile, cet autre fléau qui nous fait honte

TRAITE D'ÊTRES HUMAINS

Le phénomène de la mendicité infantile a pris de l’ampleur ces dernières années au Maroc. L’association Jood a lancé une campagne de sensibilisation contre ce fléau très lucratif. Maroc Hebdo a rencontré l’initiatrice de cette opération, Hind Laidi. Révélations sur ce business ignoble où la traite d’êtres humains bat son plein.

La dernière campagne de sensibilisation de l’association Jood, s’attaquant au fléau de la mendicité infantile, a suscité la polémique. Son message principal, «ne plus donner d’argent aux enfants mendiants pour les sortir de la rue», a été perçu par certains comme maladroit et ne présentant aucune alternative efficace pour lutter contre ce phénomène. Qu’on soit pour ou contre cette campagne de Jood, il faut admettre qu’elle a le mérite de remettre sur la scène publique le phénomène de la mendicité infantile. On peut se voiler la face ou l’ignorer, mais il s’agit d’un fléau bien réel, d’un fléau très dangereux qui prend en otage l’avenir d’enfants marocains, violés dans leurs droits les plus basiques. Un phénomène qui prend de plus en plus des dimensions disproportionnées.

Les statistiques traitant de cette problématique sont rares. La dernière enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur la mendicité date de 2007. Elle a révélé qu’ils étaient 196.000 à mendier au Maroc, dont 62% étaient des «mendiants professionnels» qui s’adonnaient à cette pratique comme profession à plein temps. Depuis, ces chiffres auraient explosé. Au niveau des feux-rouges des grandes artères des grandes villes, aux portes des mosquées, aux souks, partout, des Marocains font la manche à longueur de journée.

Si quelques-uns le font par nécessité vitale, plusieurs le font par facilité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la mendicité, particulièrement celle infantile, s’avère un marché très lucratif, un business juteux pour des ignobles qui tirent les ficelles de ce commerce d’êtres humains.

Une profession à plein temps
Les chiffres avancés par Hind Laidi, présidente de l’association Jood sont effarants. «Il existe des réseaux spécialisés dans la mendicité infantile. Ils louent l’enfant à 150 dirhams par jour. Il leur rapporte 350 dirhams en moyenne par jour. Les vendredis, près des mosquées, ces chiffres grimpent jusqu’à 850 dirhams. Les revenus peuvent osciller entre 8.500 à plus de 12.000 dirhams par mois», nous déclare Hind Laidi. Ces chiffres non officiels sont basés sur les remontées terrain de l’association, qui travaille depuis plusieurs années sur la problématique des sans-abris sur tout le territoire marocain.

Et plus la «marchandise» est de bas âge, plus elle a la cote sur ce marché d’esclavagisme et de traite d’êtres humains. Un bébé par terre, un biberon vide à ses côtés, attise plus la pitié des passants, ou encore mieux, un enfant présentant un handicap particulier. En revanche, un enfant devenu adolescent est moins rentable, à l’âge adulte il se convertit, à son tour, en un intermédiaire de ce réseau criminel. Une réalité qui fait tache au Maroc d’aujourd’hui.

«C’est égoïste de la part des parents qui louent leurs enfants. C’est cruel. Nous travaillons dans des quartiers très défavorisés. Et je peux vous dire que ces gens ne mendient pas. Ils cherchent du travail, ils font tout et n’importe quoi. Le plus important pour eux, c’est d’avoir un revenu de manière digne. Des femmes font le ménage, préparent des crêpes ou épluchent les légumes pour les revendre après, des vraies femmes dignes et battantes.

Mendier c’est une solution de facilité pour certains, mais impliquer des enfants innocents et détruire leur vie, je trouve ça atroce et inhumain. Vous savez, jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais réussi à convaincre une femme qui mendie avec un enfant de travailler. Je leur propose des boulots, mais elles refusent toutes. Elles ne vont pas travailler au SMIG, alors qu’elles peuvent avoir le triple en mendiant », nous commente Hind Laidi.

Le développement d’un pays repose sur le niveau d’éducation et d’émancipation de son peuple et de ses jeunes. Lorsqu’on se rend compte qu’aujourd’hui cette jeunesse est marchandée et violée dans son enfance, on ne peut que s’attendre au pire. Les enfants sans-abris, les enfants mendiants, habitués à la rue et à sa loi de la jungle, élevés dans la précarité et le crime, sont susceptibles de devenir des criminels à l’âge adulte. Il ne s’agit pas de diaboliser cette partie intégrante de notre société, mais d’alerter sur leur situation. L’Etat doit prendre le taureau par les cornes et agir.

C’est inadmissible de nous habituer à ces scènes désolantes d’enfants vendant des mouchoirs et des fleurs aux feux-rouges, des bébés à même le sol, employés par un réseau mafieux sans foi ni loi. Leur place est sur les bancs de l’école. L’Etat est complice de ce crime contre l’enfance marocaine. Il est le premier responsable. Il faut agir et arrêter cette hémorragie, c’est de l’avenir de tout un pays qu’il s’agit!

Hind Laidi: "Il faut appliquer des peines lourdes aux mendiants professionnels"

“En lançant notre campagne de sensibilisation, nous nous attendions à des réactions parfois agressives. La stratégie de cette campagne est de créer la polémique et inciter les gens à réagir. Nous

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