Campagne contre la mendicité infantile de l'association Jood

Choquer pour alerter les citoyens

La campagne de sensibilisation contre la mendicité infantile récemment lancée par l’association Jood, qui vient en aide aux sans-abris, suscite actuellement une polémique sur les réseaux sociaux. L’association assume et invite les Marocains à adhérer à cette cause pour lutter contre l’exploitation de ces enfants.

“Pour son bien, ne lui donne rien”. C’est le slogan de la campagne lancée par l’Association Jood depuis le 10 mars 2021, pour alerter le grand public sur les dangers de la mendicité infantile. A travers ce message clé accompagné du hashtag #saplaceestenclasse, diffusé sur des panneaux publicitaires à Casablanca, elle invite les Marocains à ne plus donner de l’argent à ces enfants pour ne pas encourager leur exploitation par des criminels. Un court-métrage de 12 mn intitulé «Chouk Lem7anna» qui dévoile ces réseaux de trafiquants est parallèlement diffusé sur les réseaux sociaux pour les dissuader de donner l’aumône.

D’après sa présidente, Hind Laidi, c’est un business bien organisé. Certains enfants sont loués à 150 dirhams la journée par leurs propres parents, qui perçoivent au moins 4.500 dirhams par mois. Les femmes portant des enfants gagnent environ 350 dirhams par jour, et peuvent même empocher 800 dirhams le vendredi, jour où beaucoup de Marocains font leurs aumônes. «Nous sommes convaincus que le seul moyen d’arrêter l’exploitation des enfants pour des fins de mendicité et leur laisser une chance de partir à l’école dépend de la société civile…donc de nous tous.. SVP, ne donnez plus d’argent aux enfants mendiants ni aux adultes qui exhibent des enfants pour vous émouvoir et vous inciter à donner», écrit l’association sur sa page Facebook.

Arrêter l’exploitation des enfants
Sauf que le message n’a pas été perçu de la même façon pour tous les internautes. Un tweet ironique «Bonjour le Maroc», posté sur Twitter par une Marocaine du nom de Salma, a déclenché une vague de réactions qui désapprouvent cette approche. «Ces personnes qui ont fait cette campagne, savent-elles que cet enfant est obligé de ramasser de l’argent sinon il se fait tabasser la nuit et il dort dans la rue? Au lieu de trouver des solutions pragmatiques et sauver ces enfants, on ne fait qu’aggraver leur situation», fustige un internaute. «Hé Jood, votre affiche de la mendicité est choquante et surtout mal faite», lance un autre. Un autre porte les lunettes de l’«expert » en estimant que c’est un «marketing maladroit», avec le hashtag «#taplacenestpasdanslapub ».

Cependant, et heureusement d’ailleurs, d’autres internautes soutiennent l’initiative de Jood. «Le message est volontairement fait pour choquer. Jood sait comment fonctionne la mafia de la mendicité», indique l’un d’entre eux. «Avec Jood, j’ai vu ce qu’était la vraie pauvreté, une pauvreté tellement dure que ces gens se cachent, ne sortent que la nuit faire les poubelles, j’ai vu un groupe d’une quinzaine d’enfants habiter dans tunnel de train désaffecté», confirme un autre. Certains d’entre eux adhèrent entièrement à cette campagne. Comme ce twitto qui déclare qu’il «ne donne jamais aux mendiants avec des enfants ….. souvent endormis avec des somnifères…». «Exactement, c’est un business qui s’apparente à de l’esclavagisme.

Et quand tu donnes tu contribues», ajoute un autre. «Vous avez déjà vu un enfant de 3 ans qui dort toute la journée, ces criminels leur donnent des sirops pour les endormir comme des légumes et mendier avec», s’interroge quelqu’un d’autre. Un autre, sur un ton humoristique se demande s’il devrait mendier «au lieu de bosser», en évoquant l’histoire de la mendiante d’Agadir qui roule à bord d’«une audi Q8» et qui a «une villa et plus de 80.000 dirhams sur son compte». L’association qui mène plusieurs activités au profit des sans-abris à Casablanca, Marrakech, Tanger, El Jadida et Rabat assume ce caractère «choquant» de cette campagne de sensibilisation. Seul moyen, selon elle, pour alerter les citoyens marocains sur la mendicité infantile qui a pris une très grande ampleur au Maroc.