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Melita Toscan du Plantier : "Le Festival de Marrakech, c'est ma vie" (vidéo)


Fondatrice du Festival international du film de Marrakech (FIFM) et conseillère du président de la Fondation du FIFM, Melita Toscan du Plantier ne cache pas son émotion de retrouver le public de la Ville Ocre, après deux années d’arrêt à cause de la pandémie du covid-19. Derrière ce grand retour, un immense effort de la part de cette grande amoureuse du Maroc, afin de garantir une 19ème édition de qualité.


En tant que fondatrice du FIFM et conseillère du président de la Fondation du FIFM, qu’est-que ça vous fait, ce retour du festival après deux ans d’arrêt?

J’étais très excitée comme tous les autres membres de l’équipe. Ce n’est pas une petite chose de dire que le Maroc m’a manqué. Ça fait 22 ans que je viens très régulièrement dans ce pays et cela fait partie de ma vie, au même titre que le Festival. C’est mon occupation principale et donc j’en parle presque chaque jour de ma vie, car je travaille dessus toute l’année, sachant que je suis totalement concentrée sur le cinéma. Et même quand je suis avec les autres, même dans un cadre privé, ils ne me parlent que de ça. Donc le festival de Marrakech, c’est ma vie.

Comment avez-vous vécu ce vide de deux ans?

Le fait que le Festival n’ait pas eu lieu depuis deux ans a été compliqué. Mais cette période d’arrêt était compliquée pour toute le monde, avec beaucoup de doute sur ce que va être l’avenir de notre vie, et en l’occurrence l’avenir du Festival de Marrakech ou encore des festivals de manière générale.

Comment avez-vous vécu les retrouvailles avec le public du Festival?

J’ai retrouvé le sourire du public marocain de la place Jemaa El fna et j’avoue que cet endroit m’a manqué et ça me touche de voir les gens sur place. Par exemple, lors de l’hommage de Ranveer Singh, les spectateurs criaient et lui faisaient des signes de cœur et c’était très émouvant. Ça m’a apporté du bonheur. Même si le cinéma est parfois triste, sa raison principale, à mon avis, consiste à faire rêver, faire oublier son existence pendant une heure et demie ou deux heures. Donc revenir pour faire rêver les gens qui ont souffert pendant deux ans avec la pandémie me fait tellement plaisir.

Comment avez-vous préparé cette édition du grand retour?


Quand on a entamé les préparatifs les premiers mois, il y avait encore beaucoup de doute, car désormais on sait que la vie peut nous réserver le pire. On se posait la question si le Festival allait vraiment avoir lieu, surtout en cette période de l’année. Petit à petit on était sûrs qu’il allait avoir lieu, et aujourd’hui nous sommes là et j’ai encore du mal à y croire.

Cela a-t-il affecté la capacité du festival à attirer des invités?

Ça a été plus compliqué pour pas mal de raisons. Il ne faut pas oublier que le virus n’a pas complètement disparu, donc le suspens existe toujours. Et puis il fallait fournir beaucoup d’efforts pour convaincre les personnes de venir parce que eux aussi ont aussi du mal à s’engager dans le temps en avance. Quand j’appelais des gens en juin, ils me disaient à priori oui on adorerait venir mais on attend septembre ou octobre pour confirmer. Alors que nous avons besoin de réponses à l’avance car nous publions un catalogue de l’événement, et il nous faut toutes les informations et imprimer un mois avant le festival. Malgré ces difficultés, cette 19ème édition du FIFM affiche notamment un jury 5 étoiles… Si vous regardez sur le site web du festival, les jury qu’on a eus, vous allez voir qu’on a toujours su attirer de grands noms, et c’est quelque chose que j’adore faire et qui prend beaucoup de temps. Mais ça génère beaucoup de stress parfois. On essaie toujours d’avoir des personnalités qui font l’actualité, et ce détail veut dire aussi que ces personnalités sont souvent très occupées. J’ai des listes que j’actualise chaque année selon les films qui sortent et des stars qui émergent. Par exemple en 2011 quand j’ai demandé à Jessica Chastain à être membre du jury, elle venait de montrer son film de Terrence Malick à Cannes, et c’était sa première montée de marche entourée de Brad Pitt et Sean Penn. Mais son tout premier jury restera celui du Festival de Marrakech. Autre exemple: Vanessa Kirby, qui est une star en devenir énorme, participe à son premier jury cette année à Marrakech. Je pense que d’ici deux ou trois ans, elle fera ça à Cannes ou dans un autre grand festival.

En parlant de ça, quels sont les critères qui régissent le choix des membres du jury? 

On essaie toujours d’équilibrer entre les acteurs et les metteurs en scène, les femmes et les hommes. C’est comme un puzzle. On dresse des listes de pays, avec un nombre de personnalités pour chacun. Parfois les gens nous font attendre, par exemple parce qu’ils attendent la réponse d’un film .. et le travail, c’est quand même la priorité. D’autant plus que nous ne rémunérons pas les invités et c’est important de le dire: nous n’avons jamais, mais jamais payé qui que ce soit depuis 22 ans, et vous ne trouverez jamais un seul exemple. Nous les faisons venir, nous prenons en charge leurs billets d’avion et leur hébergement et c’est tout. Contrairement à d’autres festivals qui ont des moyens énormes pour payer les stars. Mais je tiens à préciser que même dans les festivals qui paient, les stars ne restent que 24 heures par exemple, parce qu’elles ne viennent pas pour les bonnes raisons justement. Chez nous, les personnalités viennent, restent et aiment échanger, rencontrer leurs collègues, les professionnels marocains, et cela représente une des qualités du FIFM.

Face à cette concurrence, le Festival de Marrakech pourrait-il garder son statut de rendez-vous international du cinéma? 

Je pense qu’il gardera toujours ce statut-là, la seule différence c’est que nous n’avons pas un marché du film. D’abord parce que c’est une question d’offre et de demande, et comme on arrive en fin d’année, il y a déjà eu plusieurs grands marchés avec tous les films qu’on peut vendre. Et puis pour un grand film international et particulièrement américain, le Maroc n’est pas une priorité sur le plan économique, comparé à l’Europe ou d’autres pays. Pour cela, il est compliqué pour nous d’avoir des films, et il faut encore plus d’efforts pour attirer des grandes productions, surtout en avant-première. Contrairement à Venise ou Cannes, où ils n’ont qu’à inviter un film et puis ce sont des studios qui prennent en charge toute la logistique.

La concurrence entre le cinéma et les plateformes de streaming se pose avec acuité dans le monde, y compris durant le Festival. Qu’en pensez-vous?

Je pense que, comme l’a dit Paolo Sorrentino (réalisateur italien, président du jury du FIFM 2022, ndlr), il faut que les réalisateurs continuent quand même à faire du cinéma et des films pour le cinéma. Je pense qu’il y aura toujours du public pour les deux. Les deux mondes peuvent coexister et c’est mon avis. C’est une question de magie. Si vous avez vu le film d’ouverture de cette édition, Pinocchio, il s’agit d’un grand film et les gens ont eu la chance de le voir en avant première dans une salle et sur un écran géant. Alors que le reste du monde ne le verra que sur Netflix, sur un smartphone, un ordinateur ou au mieux, sur l’écran d’une télé. Et ça c’est un vrai cadeau, et c’est pour cela je pense que le cinéma continuera à exister.

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