MÉFAITS ALGÉRIENS

Le Maroc au sommet de la CEDEAO contre le terrorisme

C’est sur demande propre du président en exercice de la CEDEAO que le Maroc a été invité au sommet de Ouagadougou.

L’intervention du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, à la session extraordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la lutte contre le terrorisme, tenue le 14 septembre 2019 dans la capitale burkinabé Ouagadougou, avait malheureusement un air de déjà-entendu. Le réquisitoire du chef de la diplomatie marocaine à l’envers «des tiraillements, des petits calculs et des intérêts égoïstes» n’a en effet pas été sans rappeler le discours qu’avait prononcé, le 2 juin 2014, le roi Mohammed VI devant l’assemblée nationale constituante tunisienne et où, déjà, le Souverain avait mis en cause «les approches exclusives (...) inopérantes pour faire face aux dangers sécuritaires qui guettent la région». «Il se berce d’illusion celui qui s’imagine qu’un Etat peut, à lui seul, venir à bout des problèmes liés à la sécurité et à la stabilité,» avait martelé le Souverain.

L’Algérie et sa volonté d’en découdre seule, sans en référer à personne, avec la multitude de défis sécuritaires auxquels est en proie la région étaient bien évidemment les principales visées. Plus de cinq ans se sont donc écoulés depuis ces mots du roi Mohammed VI, soit une éternité à l’échelle du temps politique, mais le fait est que si l’on excepte un président qui n’a jamais vraiment tenu les rênes du pouvoir et, éventuellement, un patron des renseignements sacrifié sur l’autel de querelles intestines sans grande conséquence sur le fonctionnement du système, à savoir respectivement Abdelaziz Bouteflika et Mohamed «Toufik» Médiène, rien n’a vraiment changé de l’autre côté de l’oued Kiss.

Pis, par ces temps de guerre de succession consécutive justement au limogeage, le 2 avril 2019, de M. Bouteflika par l’armée, il semble même faire bon de surjouer de sentiments cocardiers envers les voisins, à commencer bien sûr par le «frère ennemi» marocain: ne voit-on pas le chef d’état-major, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, accusant ici et là «certaines parties étrangères» de vouloir «déstabiliser l’Algérie et semer la discorde entre les enfants du peuple» (propos tenus le 10 avril dernier dans la ville d’Oran)? Le principal intérêt, on peut le deviner, est de perpétuer les privilèges dont jouissent ceux que le défunt président algérien Mohamed Boudiaf qualifiait en son temps de «décideurs», c’est-à-dire la noria de généraux gravitant autour des commandes, mais qu’y gagnent les peuples, eux? Ils y ont, à vrai dire, tout à perdre: on peut ainsi voir comment, dans tout le corridor saharo-sahélien, la duplicité de la voisine de l’Est est en train de détruire toute une région, et en même temps de mettre en péril la vie de millions de personnes. Au Mali par exemple, le niet algérien à l’implication d’autres parties qu’elle dans la règlement de la crise déclenchée dans le Nord du pays en janvier 2012, soi disant parce que c’est aux frontières de l’Algérie, a fini par faire piétiner la situation, au point que d’autres régions connaissent désormais à leur tour des violences communautaires (au moins 157 personnes sont ainsi mortes le 23 mars 2019 dans le massacre d’un village peul).

En janvier 2014 pourtant, le Maroc avait réussi à arracher au Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), séparatiste, son acceptation d’une solution régionaliste respectant l’intégrité territoriale malienne et le roi Mohammed VI avait d’ailleurs reçu à l’époque au palais royal de la ville de Marrakech son secrétaire général, Bilal Ag Acherif, et son porte-parole, Mossa Ag Attaher. Pire en Libye, où la diplomatie marocaine a carrément entériné, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU), un accord entre les différentes parties en conflit, avant que l’Algérie ne sape tous ses efforts pour la simple et mauvaise raison que c’est le Royaume qui en avait été à l’initiative. Ce n’est, de ce fait, pas sans raison que c’est sur demande propre du président nigérien Mohamadou Issoufou, président en exercice de la CEDEAO, que le Maroc, représenté donc par Nasser Bourita mais aussi par le directeur général des études et de la documentation (DGED), Mohamed Yassine Mansouri, a été invité au sommet de Ouagadougou. Les chefs d’Etat et de gouvernement de la région savent pertinemment que le Maroc est leur véritable allié contre le terrorisme.


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