Après l'enseignement, les médecins du privé demandent à leur tour l'aide du gouvernement

PAS DE PLACE À LA CUPIDITÉ

La demande exprimée par l’Ordre des médecins de faire bénéficier les cliniques et cabinets privés de divers avantages a suscité un tollé général.

Il est des choses que, même si on le voulait, on ne saurait ni comprendre ni accepter. Il en va par exemple de la demande adressée le 30 mars 2020 par l’Ordre national des médecins au chef du gouvernement pour faire bénéficier les cliniques et les cabinets médicaux privés d’exonérations et de facilitations fiscales, de mesures relatives à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). En ces temps de crise générale, c’est, pour le moins, indécent. C’est connu, ces cliniques et ces cabinets ne paient, à la base, pas assez d’impôts. En moyenne, un médecin du privé remet chaque mois à la trésorerie générale du Royaume un chèque de 1.700 dirhams, ce qui est bien évidemment sans rapport commune mesure les profits engrangés.

Violente animosité
Et lorsqu’il leur est demandé de faire plus d’effort et d’être logés à la même enseigne que le reste des citoyens, les concernés montent tout de go sur leurs grands chevaux: le secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances, Zouhair Chorfi, avait dû éprouver leur violente animosité au printemps 2019 après les avoir mis à l’amende lors de sa fameuse intervention aux troisièmes Assises nationales de la fiscalité de Skhirat. La lettre de l’Ordre national des médecins, en plus d’être complètement hors de propos au vu du contexte actuel, apparaît donc comme un comble et a fait l’objet, à raison, d’une désapprobation unanime sur les médias sociaux, au sein même de la corporation.

Car ce qu’il faut également souligner, c’est que les citoyens exemplaires parmi la communauté des médecins du privé ne manquent bien sûr pas, et qu’il ne faudrait surtout pas généraliser. Au péril de leur vie, certains de ces médecins sont actuellement au front pour confronter la pandémie de Covid-19, et il est évident qu’il ne s’agit pas là des rapaces qu’on peut s’imaginer. Ils devraient, ceci dit, faire plus d’émules. Ce que l’on dit des cliniques et des cabinets médicaux privés, on pourrait également le reprendre à l’endroit des responsables du secteur de l’enseignement privé. Par le biais de la Rabita qui les réunit, ces derniers avaient eux aussi, auparavant, essuyé un tollé après avoir demandé, le 18 mars, à se voir remettre une partie de l’argent du fonds spécial mis en place deux jours plus tôt sur instructions du roi Mohammed VI.

S’ils se sont bien repris depuis lors en apportant eux-mêmes une contribution de 2 millions de dirhams audit fonds, leur réputation demeure toutefois quelque peu entâchée, et il faudra du temps et de l’effort pour que ce ne soit plus le cas. La pandémie de Covid-19 appelle à la solidarité de toutes et tous, comme en ont d’ailleurs fait preuve d’aucuns depuis son déclenchement au Maroc, et tout-un-chacun devrait mettre de côté ses intérêts personnels et mercantiles pour le moment au risque de perdre tout à terme, à commencer par le pays.


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