Les médecins Marocains sur le front en France

LA RÉPUBLIQUE PEU RECONNAISSANTE

En France, les praticiens marocains sont en première ligne dans tous les services où la pénibilité du travail est accentuée. Pour des rémunérations moindres que celles de leurs homologues français.

Qui l’eût dit? Qui l’eût cru? Voilà que dans la lutte contre le Covid-19, les professionnels de santé sont sollicités par les pays étrangers. Ainsi, les USA de Trump veulent les attirer, jouant pratiquement le tout pour le tout. C’est une décision officielle rendue publique par un message du Département d’État US en charge des affaires consulaires. Ce texte encourage ceux d’entre eux qui cherchent à travailler aux États-Unis dans le cadre d’un contrat de travail ou d’une visite d’échange, à contacter l’ambassade ou le consulat américain le plus proche pour demander un visa. La même souplesse a été accordée aux médecins résidents étrangers actuellement aux États-Unis. Au Royaume-Uni, les étrangers et les minorités ethniques sont en première ligne. En France, le ministère de la Santé a également décidé, le 8 avril, d’autoriser les médecins étrangers n’ayant pas le droit d’exercer à remplir des fonctions non médicales.

Ce département détaille les trois cas de figure dans lesquels ces professionnels de santé peuvent exercer. L’un d’entre eux intéresse les praticiens qui ne sont pas actuellement en service et qui n’ont pas encore satisfait à la procédure d’autorisation d’exercice. Et pour répondre aux offres de service de ces candidats, dans ce contexte de crise sanitaire, il est proposé d’examiner à titre dérogatoire les candidatures pour l’exercice des fonctions non médicales. Ainsi, entre 4.000 et 5.000 praticiens diplômés hors UE exercent déjà mais comme non titulaires dans des établissements français, la majorité d’entre eux dans les hôpitaux publics. Dans cette communauté, les médecins forment depuis des lustres un gros contingent, en France –surtout dans la région parisienne– mais également ailleurs. Ils sont particulièrement appréciés par suite de l’excellence de leur formation, les cursus des facultés de médecine du Royaume justifiant d’un niveau reconnu. Cette novelle situation créée par la crise sanitaire va-t-elle conduire à revoir le statut des médecins étrangers? Ce sont en effet des internes ou praticiens dits associés du Maroc et Maghreb formant la majorité de ce contingent hors UE qui enchaînent les gardes de nuit et le week-end. Cela, c’est pour le service que l’on pourrait appeler «normal». Aujourd’hui, ils sont en première ligne dans tous les services où la pénibilité du travail est accentuée.

Pénibilité et incertitude
Comme l’a dit, le vice-président du syndicat (SNPDHUE) qui les représente, «ils font le boulot que les médecins français ne veulent pas faire mais sans la reconnaissance ni la rémunération. Un interne médecin étranger perçoit 1.300 euros net par mois et 100 euros la garde quand un jeune médecin diplômé en France commence sa carrière à 3.900 euros et 200 euros la garde. Il y a là un vrai prolétariat en blouse blanche qui est dans les hôpitaux. Une prise de conscience devant une telle iniquité prend forme. Une pétition de plus 25.000 signatures accompagnée d’une lettre ouverte au Premier ministre français, Édouard Philippe, demande «l’intégration des médecins étrangers engagés dans la lutte contre la pandémie». Elle a bénéficié de l’appui public de personnalités du monde médical, dont Bernard Kouchner, ancien ministre de la Santé, le généticien Axel Kahn ou l’ancien directeur de la Santé publique, François Bourdillon.

Ce texte insiste que «ces médecins à diplôme étranger qui luttent au quotidien méritent la reconnaissance de la République pour leur engagement en première ligne alors que leur salaire est souvent dérisoire par rapport à ceux de leurs collègues». Il ajoute encore qu’«ils risquent de retourner à la précarité et l’incertitude sur leur avenir en France une fois la crise surmontée…» Une forte interpellation donc! Sera-t-elle entendue?


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