Masques de protection : sommes-nous vraiment protégés ?

Comment les ministres de la Santé et de l’Industrie tolérent-ils ces pratiques mercantiles au moment où le pays vit une crise sanitaire sans précédent?

C’est l’histoire d’une affaire macabre qui se nourrit des peurs et des malheurs de millions de Marocains. Le 18 mars 2020, une réunion au siège du Centre Technique de Plasturgie et de Caoutchouc (CTPC) a eu lieu entre l’Association Marocaine des Fabricants du tissu Non Tissé, la Direction des Médicaments et de la Pharmacie (DMP) relevant du ministère de la Santé, la Direction régionale du ministère de la Santé à Casablanca, le CTPC, le Centre Technique du Textile et de l’Habillement (CTTH) et le Réseau des Centres Techniques Industriels Marocains (RECTIM), et qui a eu pour objet la discussion des modalités de mise sur le marché marocain des masques de protection.

Les industriels avaient manifesté leur prédisposition inconditionnelle pour mettre leurs outils de production afin de diminuer l’impact de la pandémie sur l’aspect physique et psychique des citoyens. Les Centres Techniques Industriels (CTPC, CTTH, RECTIM) ont aussi manifesté leurs engagements à accompagner les industriels pour développer ce produit selon un Cahier des Charges provisoire et adéquat au contexte actuel. ‘’Adéquat’’ et “contexte’’ signifient qu’une norme marocaine a été créée pour la circonstance et qui tolère, dans les conditions actuelles marquées par la réticence de pays exportateurs de masques de protection, que les masques qui seront fabriqués ne répondent pas au normes internationales relatives à l’obligation de présence d’un filtre entre les deux couches du masque en tissu. Voici l’information qui vous manquait.

Le ministère de la Santé a décidé donc de valider avec l’Institut Imanor une norme marocaine pour faire avec les ‘’moyens de bord’’, compte tenu des restrictions constatées au niveau des importateurs des masques. ‘’Les moyens de bord’’, c’est de fabriquer des masques à très faible filtration par le processus de fabrication dénommé SS que seules 3 usines des 14 le fabriquent. L’association des fabricants du tissu non tissé englobe les patrons de 14 usines au Maroc. D’emblée, les autres ont été éliminées. Le marché est conclu. Outre la quasi-absence de la filtration de ces masques en tissu, répondant à la norme marocaine, l’engagement des industriels du secteur a été d’atteindre une capacité de production de 10 millions de masques par jour avec un prix sortie usine ne dépassant pas 1Dh/Masque hors taxes, soit 1,20 DH TTC.

A ce rythme de production, le marché devait et devrait être inondé de masques made in morocco à bas prix. Or, le constat sur le terrain est autre : une pénurie de masques encouragée par le développement d’un marché noir et une prolifération d’intermédiaires cupides aux intérêts sordides. Ensuite, les prix pratiqués même par les pharmacies ou les parapharmacies sont fortement exagérés. De 5 à 15 dirhams l’unité, les prix appliqués sont libres. C’est à la tête du client.

Dans certaines pharmacies d’officine ou parapharmacies, les propriétaires font du “chantage élégant’’ à leurs clients. Ils cachent leurs stocks. Ils s’excusent auprès de nouveaux clients en arguant qu’ils ne disposent plus de masques. A leurs clients “de tous les jours’’ ou du “quartier’’, ils leur font accroire qu’ils leur ont gardé quelques paquets rien que pour eux pour leur faire “gober’’ un prix majoré sans vergrogne.

Aux ministres de la Santé et de l’Industrie (qui a validé les décisions prises par le ministère de la Santé), comment tolériez- vous ces pratiques au moment où le pays passe par une crise sanitaire sans précédent et au moment où des Marocains décèdent du coronavirus et d’autres sombrent dans la psychose générale de peur d’être contaminés ? Pourquoi n’avoir pas arrêté une circulaire détaillant les parties habilitées à vendre ces masques et les prix de vente au public pour qu’il n’y ait pas de dérapages ? A ces industriels homologués qui vendent des tissus à prix majorés à leurs pairs pour en fabriquer des masques destinés à un marché noir, hors de portée de la majorité des Marocains, est-ce le moment de profiter des malheurs de vos concitoyens ? Arrêtons cette mascarade.


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