Port de masques obligatoire: le marché n’est pas encore approvisionné

Ne pas porter de masque dans la rue expose à payer des amendes et même à des peines de prison. Problème: ils sont introuvables.

Imposer aux Marocains le port des masques est certainement perçu comme une décision urgente face à l’envolée des cas d’infection au Covid-19. Le Maroc vient ainsi de franchir le seuil critique des 1.000 cas et a enregistré, mardi 7 avril 2020, 1.141 cas plus exactement. Selon une décision gouvernementale, ne pas porter de masque dans la rue expose désormais le contrevenant à payer des amendes qui varient entre 300 et 1.300 dirhams et même à des peines de prison entre un et 3 mois. Médicalement parlant et pour prévenir une catastrophe sanitaire, cette décision est pour le moins importante.

Mais quid de la distribution des masques et de leur vente dans les pharmacies, les grandes surfaces et les commerces de proximité? Mardi 7 avril, au matin, les masques sont malheureusement introuvables dans tous ces espaces de vente. Joint au téléphone, le président de la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, Mohamed Lahbabi, nous déclare qu’aucun fournisseur n’a voulu vendre les masques aux pharmacies au prix de 0,80 centimes, prix de vente public fixé par le gouvernement.

Mohamed Lahbabi avance que les pharmaciens ont accepté de renoncer à leurs marges. Mais, en attendant d’être approvisionnées, les officines continuent à écouler leurs anciens stocks de masques. Certaines pharmacies, peu scrupuleuses et très portées sur le gain, les vendent à 10 dirhams l’unité, parfois 15 dirhams. Une situation ubuesque et scandaleuse alors que la crise sanitaire au Maroc est à l’urgence et qu’il faudrait renoncer à l’esprit du gain pendant ces temps difficiles.

Contraintes de la distribution
Autre décision contestée: vendre 500.000 masques par jour dans les épiceries de proximité. Pour cela, un groupe de distributeurs marocains, dont Centrale Danone, Dislog et Copag, s’est vu confier cette mission. Rendre les masques accessibles aux Marocains est, sans aucun doute, une bonne initiative mais les vendre dans les épiceries, c’est là où le bât blesse. Le masque est par essence un produit médical dont la vente doit être assurée dans des conditions d’hygiène et de sécurité sanitaire optimales. Non seulement beaucoup d’épiceries dans notre pays manquent cruellement d’hygiène, mais plusieurs d’entre elles peuvent les vendre à l’unité.

Or toucher le masque, sans se laver les mains au préalable à l’eau et au savon, pourrait constituer un vecteur de contamination pour la population. Étant donné que leur pouvoir d’achat est très limité surtout pendant cette période difficile, acheter un paquet de masques à 40 dirhams pour cinquante unités ou 80 dirhams pour 100 unités est économiquement inaccessible pour de très nombreuses familles marocaines qui n’ont même pas de quoi manger. On se demande alors comment l’Etat compte gérer cette situation de port obligatoire des masques. Et surtout comment il compte gérer les contraintes de la distribution. Ce sont là des questions qui se posent avec acuité pour une meilleure efficacité de cette décision qui vise, au final, à freiner la propagation rapide de la maladie.


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