Maryam Touzani : "Ce n'est qu'à travers l'intime que j'arrive à explorer l'émotion"


Vous êtes une cinéaste de l’intimité, qu’est ce qui a façonné votre cinéma? Qu’est ce qui fait qu’on retrouve souvent dans vos films un attachement aux histoires humaines et cette proximité avec les personnages ?
Avant tout, c’est ma passion pour l’humain. Dans mes films, je me coupe du monde et reste avec mes personnages dans leur quotidien, leur routine et généralement dans des lieux fermés pour être le plus proche d’eux et les sonder de manière absolue.

Ce qui m’intéresse et ce qui a toujours été moteur pour moi depuis toujours c’est l’intérêt pour l’humain. J’aime beaucoup les histoires des autres, les entendre et leur donner une voix. C’est tellement beau la rencontre humaine… Et ce n’est qu’à travers l’intime que j’arrive à explorer l’émotion, chose qui est primordiale pour moi.


Les personnages s’agrippent à la tradition tout en rejetant certains de ses aspects. Est ce qu’on peut aujourd’hui concilier tradition et modernité sans pour autant tomber dans le cliché de la schizophrénie ?
Je pense qu’on est des êtres complexes, qu’on doit accepter cette complicité là et qu’on ne doit pas essayer de se définir d’une manière ou d’une autre. Il y a de la place pour la modernité et la tradition. J’aime la tradition et je trouve qu’elle est importante parce qu’elle véhicule tellement de choses sur nous, notre passé et nos racines. À travers ce film, j’ai voulu célébrer la tradition, celle du travail du maalem, et je pense qu’il y a des traditions qu’il faut protéger et sublimer, comme il y en a d’autres qu’on peut questionner et bousculer. À partir du moment où la tradition ne nous empêche pas d’être qui on veut être, ne nous empêche pas d’être heureux, ne nous étouffe pas …. elle ne peut qu’être belle. Il faut qu’on accepte d’être moderne et traditionnel sur certaines choses et qu’on ne sente pas le besoin de faire le choix.

Si on compare vos films à ceux de Nabil Ayouch, les deux mettent en lumière des faits sociaux tabous mais de manières différentes, un cinéma qui brusque et crie haut et fort les tares de la société et un autre qui critique avec délicatesse. Vous pensez que le public marocain est plus réceptif à la subtilité ?
Pour moi, chacun à sa manière de raconter son histoire. Le cinéma de Nabil est un cinéma vrai. Il cherche toujours la vérité avant tout, ce qui est admirable. Ali Zaoua est ma première claque de cinéma, c’est beau et cru et ce sont des choix scénaristiques et visuels que je trouve très beaux et légitimes.

Moi quand j’écris ou quand je réalise un film, je ne réfléchis pas à comment le public va le recevoir et je ne raconte pas mes histoires de manière plus douce parce que je pense que le public va mieux l’accueillir. Je ne cherche pas à rendre le film plus digeste pour faciliter la réception, mais avant tout à véhiculer des émotions et des ressentis. Enfin, je pense qu’il n’y a pas une manière correcte de raconter les choses et le public a parfois besoin d’être bousculé.

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