Crise Maroco-Espagnole: Madrid adopte un langage d'apaisement

Arancha Gonzalez a tiré des enseignements de l’humiliation de son chef de gouvernement lors de sa rencontre avec Joe Biden, en marge du sommet de l’OTAN de Bruxelles. La cheffe de la diplomatie espagnole a changé de discours surtout concernant la reconnaissance de la marocanité du Sahara.

C’est un virage important dans le discours de la diplomatie et des responsables espagnols surtout après l’humiliation publique de Pedro Sanchez, chef du gouvernement, à Bruxelles, en marge du Sommet de l’OTAN lorsque Joe Biden, le président américain, n’a daigné lui consacrer qu’une dizaine de secondes d’entretien.

Dans une interview accordée à la Radio Cadena Ser (proche du PSOE), mardi 15 juin 2021, dans le cadre de l’émission “Hor por Hoy” recueillie par Europa Press, Arancha Gonzalez Laya, cheffe de la diplomatie espagnole, a affirmé qu’elle souhaite désamorcer la tension avec le Maroc, en toute discrétion: «J’ai essayé d’être discrète à l’égard du Maroc car je pense que nous devons rétablir la situation. Nous créons les conditions (de la reprise) par la discrétion. Je ne veux rien dire ou faire qui pourrait remettre en cause notre volonté de reprendre notre relation avec nos interlocuteurs marocains».

Mais c’était sur la question du Sahara que la ministre espagnole était plus attendue après l’échec de son gouvernement d’influencer l’administration Biden. Elle a été invitée à se prononcer sur la position de l’administration Biden vis-à-vis de la reconnaissance par Donald Trump de la souveraineté marocaine sur le Sahara, le 10 décembre 2020. «C’est aux Etats-Unis de décider de leur position sur le Sahara. Ce que l’Espagne a toujours dit, c’est qu’il est important que nous donnions une impulsion aux négociations aux Nations unies. Cette question n’était pas inscrite sur l’agenda du premier contact entre Sanchez et Biden», a-t-elle assuré.

Série de contacts
Des propos qui vont aux antipodes de ce qu’elle a déjà déclaré à ce sujet. Pour rappel, le 14 décembre, la ministre des Affaires étrangères avait, en effet, révélé le que le gouvernement de coalition de gauche en Espagne a initié «une série de contacts» avec l’équipe Biden avec l’espoir de «retourner au multilatéralisme », précisant qu’«il n’y a pas de place à l’unilatéralisme dans la gestion des relations internationales». La cheffe de la diplomatie avait, par ailleurs, souligné que c’est à la prochaine administration de Joe Biden qu’il «revient d’évaluer la situation et voir de quelle manière elle va se positionner et travailler en vue d’une solution juste et durable qui ne dépend pas d’un alignement d’un moment sur un camp ou sur l’autre».

Lors d’une une commission mixte de l’Union européenne à la Chambre des représentants espagnole, mercredi 20 janvier 2021, Arancha Gonzalez Laya s’est refusée d’emblée à tout commentaire sur si l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche contribuerait à renverser la décision américaine de reconnaître la souveraineté du Maroc sur son Sahara.

Puis, elle a révélé, sans ambages, les véritables intentions de son gouvernement par rapport à ce dossier: «L’Espagne insiste, quelle que soit la décision des Etats-Unis prise par le président Trump et toute mesure prise par le président Biden, sur la nécessité de reprendre le processus politique sous les auspices des Nations Unies».

Un retournement de situation moins attendu pour le gouvernement Sanchez, qui espérait garder la carte du Sahara comme un moyen de pression sur le Maroc pour que le Royaume ne revendique pas les deux enclaves occupées, Sebta et Melillia.