Marocanité de Sebta et Mélilia : Mayara face à la grogne de la classe politique espagnole


Une vague de dénonciations et de réactions aux propos du président de la Chambre des conseillers, s’est déclenchée chez le voisin ibérique. Par la voix officielle de la ministre de la Défense, puis par celle de la majorité des partis politiques qui s’agitent à quelques encablures des élections législatives 2023.

Invité de l’organisation des femmes de son parti l’Istiqlal, vendredi soir 7 avril 2023, pour faire le bilan sur une année de la nouvelle page dans les relations entre le Maroc et l’Espagne, Ennam Mayara, le président de la Chambre des conseillers, a plaidé «pour mettre fin à la colonisation» des deux présides Sebta et Mélilia «par une solution négociée, sans recourir aux armes», tout en réaffirmant leur marocanité. Il a ajouté que l’Istiqlal n’a pas cessé, et ne cessera pas, de parler de la colonisation dans ces deux villes et des solutions possibles pour les récupérer.

Il aurait suffi de ces quelques phrases pour qu’une vague de dénonciations et de réactions sans retenue se déclenche chez le voisin ibérique. D’abord par la voix officielle de la ministre de la Défense, Margarita Robles, ensuite par la majorité des partis politiques dont chacun a réagi en fonction de son idéologie et de ses intérêts notamment à quelques encablures des élections législatives 2023.

Tirer à boulets rouges
Ainsi, la ministre de la Défense, Margarita Robles, a réitéré, lors d’une interview diffusée sur une chaîne de télévision espagnole, que Sebta et Mélilia sont espagnoles et qu’il n’y a rien d’autre à discuter sur cette question. « Sebta et Mélilia sont aussi espagnoles que Zamora ou Palencia», a-t-elle asséné. «J’ai récemment été à Sebta et Mélilia. Je me sens très Ceutienne, je me sens très Melilienne, parce que je me sens très Espagnole », a-t-elle enchaîné. Et comme pour trancher au sujet de la position du gouvernement de Pedro Sanchez, elle a conclu par dire qu’«il n’y a aucune possibilité de débat sur cette question. Ils font partie de l’Espagne. Point.» Les réactions du Parti Populaire, de Vox, de Ciudadanos et de Podemos, farouchement opposés aux déclarations du président de la Chambre des conseillers, n’ont pas tardé.

Le Parti Populaire, droite classique et première force de l’opposition à la Chambre des représentants, a affirmé que les propos de M. Mayara sont une preuve supplémentaire de la «faiblesse» de l’Exécutif Sanchez face au Maroc pour ce qui est de «la défense de la souveraineté espagnole» sur les deux présides. «Nous sommes très clairs. Nous défendons la souveraineté, bien sûr, de Ceuta et Melilla. Le Parti Populaire a toujours été ferme sur ce sujet. C’est une question totalement hors de tout débat», a déclaré la porte-parole du groupe des députés du PP, Cuca Gamarra.


La formation politique Vox, elle, n’a pas trouvé mieux pour détruire la réputation du PP. La formation d’extrême droite a affirmé que le parti que préside Alberto Núñez Feijóo (PP) est «un frère de l’Istiqlal » (allusion faite au parti marocain de l’Istiqlal). «L’auteur des déclarations sur Sebta et Mélilia appartient à un parti nationaliste allié du PP», a martelé le porte-parole du groupe des députés de Vox, Iván Espinosa de los Monteros.

Ce qui n’est pas totalement faux. L’Istiqlal et le PP sont membres de l’Internationale démocratique du Centre, comme d’ailleurs le RNI d’Aziz Akhannouch. Nizar Baraka, SG du parti de l’Istiqlal, avait conduit, en avril 2022, une forte délégation de son parti, au dernier congrès du PP. Dans ce concert tonitruant, Podemos n’a pas trouvé mieux que de plaider pour sa fausse cause, le polisario, et se ‘’justifier’’ auprès de son mentor l’Algérie. Les propos de Mayara sont bien tombés pour les camarades de Alfonso Serrano, pour tirer à boulets rouges sur le Maroc et surtout se faire l’avocat du Polisario. Le porte-parole de Podemos, Javier Sánchez Serna, a, ainsi, souligné que «l’Espagne doit avoir une position forte et défendre sa souveraineté contre un pays comme le Maroc, non seulement sur la question de Sebta et Mélilia, mais aussi sur une question comme l’autodétermination du Sahara occidental».

«Nous pensons que l’Espagne doit continuer à défendre sa souveraineté mais aussi la démocratie, les droits de l’Homme et le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui», a-t-il tambouriné. Et pour ne rien laisser au hasard, il a bouclé ses déclarations en réitérant le rejet de son parti du soutien de Pedro Sanchez au plan marocain d’autonomie au Sahara.

Surenchère politique
Ciudadanos, un petit parti a participé au jeu des tirs libres. Le parti politique de centre droit, se définissant comme centriste, constitutionnaliste, progressiste et libéral, a, lui aussi, fait le lien entre les déclarations d’Ennam Mayara et le changement de position du gouvernement espagnol sur la question du Sahara. «Jamais auparavant, il n’y a eu autant d’insultes ou de déclarations de ce type de la part du Maroc contre deux villes parfaitement espagnoles et qui continueront de l’être», a lancé la secrétaire générale du parti, Inés Arrimadas.

La responsable partisane a peut-être omis de rappeler à ceux amnésiques que l’ancien chef du gouvernement, le pjdiste Saadeddine El Othmani, avait tenu les mêmes propos en décembre 2020. « Le temps viendra pour aborder le dossier de Sebta et Melilla pour lequel le statu quo a duré cinq ou six siècles. Sebta et Melilla est une question qui doit s’ouvrir », avait-il déclaré lors d’une interview accordée à la chaîne Asharq News. A l’époque, l’ambassadrice du Maroc en Espagne, Karima Benyaich, avait défrayé la chronique en assurant lors de sa convocation par le ministère espagnol des Affaire étrangères, que les deux villes sont «occupées».

Certains ont fait un parallèle entre les propos Abdelilah Benkirane, SG du PJD et ancien chef du gouvernement, qui ont fait réagir le cabinet royal et ceux de Ennam Mayara, président de la chambre des représentants et membre du comité exécutif de l’Istiqlal au sujet de Sebta et Mélilia. Or la comparaison n’a pas lieu d’être. M. Benkirane a empiété sur une prérogative du chef de l’Etat, à savoir les affaires étrangères. M. Mayara, lui, a réitéré des propos que son parti a toujours défendus, sans ambages et en dehors de toute surenchère politique. Quant aux réactions de la classe politique espagnole, elles sont en grande partie justifiées par l’approche des élections législatives.

Articles similaires