Les Marocains luttent pour leur survie

LE MALAISE SOCIAL S’AMPLIFIE

La crise sanitaire a amplifié un malaise social né des inégalités sociales, de la conscience accrue d’une séparation entre les élites et le peuple, d’une défiance vis-à-vis des institutions, d’une corruption qui s’enracine et surtout d’un sentiment de la frange la plus large de la population, vivant dans la précarité, d’être larguée par l’Etat.

Ses dépenses excédant ses recettes, l’Etat n’en peut plus. Une large frange de Marocains non plus. Si le souci de l’Etat est purement financier pour faire face aux répercussions de la pandémie du Covid-19, celui populaire est diamétralement existentiel, dans ce sens où ce qui compte réellement, c’est de vivre, voire survivre.

Plus rien ne va. Le moral des Marocains est au plus bas. Des cas de suicides ou des tentatives de suicide de pères de familles surendettés traduisent, un tant soit peu, un malaise social né des inégalités sociales, de la conscience accrue d’une séparation entre les élites et le peuple, d’une défiance vis-à-vis des institutions, d’une corruption qui s’enracine et surtout d’un sentiment de la frange la plus large de la population, vivant dans la précarité, d’être larguée par l’Etat.

Sournoise, la grogne populaire grandit et menace les équilibres sociaux fragilisées par la crise sanitaire. Les Marocains d’en bas deviennent désabusés jour après jour. Ils n’admettent pas que l’Etat jette l’éponge du jour au lendemain. Ils se demandent, ahuris, comment annonce-t-on que les caisses de l’Etat sont vides alors qu’on continue à financer des entreprises pour payer leurs arriérés et honorer leurs dettes alors qu’elles licencient une bonne partie de leurs personnels, et au moment où l'on continue à verser des aides (2000 dirhams de CNSS) au personnel du tourisme tout en privant de ces mêmes aides d’autres salariés en arrêt d’activité ou des catégories entières de la population pauvres et sans ressources. Ils cherchent à comprendre. Mais n’arrivent pas. Surtout face à un gouvernement qui leur impose des décisions bouleversantes et irréfléchies sans explications et sans communication au préalable.

Ce flou, cette peur (alimentée à coups de communiqués annonçant des chiffres affolants sans arguments) et cette crainte d’être sanctionné (amendes et menace de prison) sans être écouté, nourris par le gouvernement, ont contribué à amplifier une méfiance généralisée envers les élites, tenues pour responsables d’une dégradation générale et accusées de servir leurs propres intérêts et ceux de leurs proches et qui essayent de tirer au mieux parti du bien public, le plus souvent au détriment des autres. Bref, la société de défiance.

Un “chouiya” pour survivre
La décision de suspendre les aides (aussi modiques et dérisoires soient-elles!) destinées aux employés déclarés à la CNSS comme étant en arrêt d’activité, aux ramedistes et aux ménages vivant de l’informel a eu pour conséquence de donner naissance au sentiment d’être largué par l’Etat à un moment très difficile. Après des mois de confinement, durant lesquels ces catégories n’ont exercé aucune activité économique, elles ont dû vivre avec leurs maigres économies et les aides (entre 800 et 1.200 DH pour les ménages du secteur informel et les ramedistes) étatiques.

Un “chouiya” qui servait à peine de quoi se tenir debout. Entre temps, les impayés (loyer et factures d’eau et d’électricité) s’entassaient. Quelques jours après l’annonce d’un déconfinement masqué, marqué notamment par un semblant de reprise de l’activité commerciale, les restrictions de déplacements sont venues compliquer la donne. Ces catégories gagnent leur vie en exerçant des petits métiers informels, en travaillant à la tâche ou comme domestiques, ou encore comme porteurs dans une gare ou un marché… Ne disposant pas d’autorisation de leurs employeurs (ils n’en ont pas !), ils se voient refuser de quitter leur quartier sous prétexte que celui-ci est sous quarantaine. Comment doivent-ils faire pour vivre alors?!

Le pire, c’est que l’amertume de ces Marocains d’en bas se transforme en colère profonde quand ils apprennent que certains responsables, qui avaient restreint leur liberté de circulation sans se soucier des moyens qui garantiraient leur subsistance, se permettent tout, dans l’impunité et l’absence de la reddition des comptes, nommant à des postes pompeux et inutiles en ces temps de crise avec des salaires faramineux et des primes (L’Etat en faillite, dites-vous!) vertigineuses et se partageant des marchés de produits (masques…) qu'ils sont obligés d’utiliser à défaut de quoi ils encourent des sanctions lourdes (pécuniaires ou privatives de liberté).

Le masque est tombé
Le silence complice des sociologues et des intellectuels en général rajoute à cette méfiance et défiance. De cette situation, certains phénomènes en sont la résultante. Personne ne peut nier la recrudescence du phénomène de la mendicité. On dirait que la moitié des Marocains mendient ces derniers jours. Des profils nouveaux s’adonnent à cette activité. Le masque de “tout va bien, hamdoulah” est tombé. Pour certains, la dignité a laissé place à l’instinct de survie. La criminalité reprend après avoir disparu pendant les premiers mois du confinement. Que fautil attendre de voir de plus pour se rendre à l’évidence qu’au sein de la société marocaine, il y a un véritable malaise social qui prend de l’ampleur au fil des jours?

Le gouvernement, ou plutôt ses composantes, qui ne pensent qu’aux cadeaux- nominations et aux privilèges à soutirer à la dernière minute, avant les prochaines élections, de peur de ne pas être reconduits au pouvoir, baignent dans leurs affaires personnelles et partisanes et ne voient rien arriver. Tant qu’il n’y a pas feu en la demeure! Mais est-on sûr que tout va bien?

Irrémédiablement, ces phénomènes et les différentes manifestations de la grogne populaire (actes de vandalisme, désobéissance civile…) obligent le gouvernement à se regarder en face et à faire une introspection afin de voir et comprendre les raisons de ce profond.


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