Ces Marocains devenus bahaïs


Une communauté qui ne veut plus travailler dans la clandestinité


Une croyance qui serait annoncée après l’islam. Son fondateur s’appelle Baha-Allah. Ses adeptes comptent pas moins de 5 millions dans le monde. Ils sont 400 au Maroc. Qui sont-ils, ces Bahaïs de chez nous?

Ils ne sont pas musulmans et sont à peu près 400 au Maroc. La plupart dans le Nord du pays. Ils s’appellent les bahaïs. Des chiffres à prendre avec mesure. Karima Jaouane, membre du bureau de communication de la communauté bahaïe au Maroc, nous dit à ce propos: «Même nous, en tant que bureau, n’avons pas de recensement exact de la population bahaïe au Maroc». D’abord, certains, comme pour d’autres confessions, préfèrent garder leur foi pour eux. Des Marocains, des nôtres, sont donc adeptes d’une croyance autre que celle officielle de l’Etat. Une minorité religieuse, parmi d’autres, qui, d’ailleurs, pratique son jeûne du 2 au 21 mars de chaque année. Un mois de 19 jours, comme les mois qui suivent.

Ainsi, l’année bahaïe est de 19 mois comme le veut le calendrier perse. Un mois de jeûne appelé Al-Ala, synonyme d’abstinence et de piété. A la différence des musulmans, le jeûne démarre au lever du soleil. Un mois de jeûne qui débouche sur une fête appelée Norouz.

Elle est aussi le départ du nouvel an. Une communauté marocaine d’un tissage fort et fraternel qui ne manque pas de fixer rendez-vous la fin de chaque mois que le bon dieu fait pour conjuguer prière et méditation. Un cercle pas aussi fermé que l’on croirait car d’autres confessions peuvent s’y mêler. Aussi, le livre appelé Le livre le plus saint, de Baha-Allah, ne serait pas le seul intercesseur qui soit, d’autres livres saints tels que le Coran, la Bible et autres peuvent servir pour ce faire. Une religion qui, selon ses adeptes, concourt d’abord à l’unification du monde pour ainsi faire fi des différences.

Un cercle ouvert
On ne peut parler des bahaïs sans évoquer le procès de 1963 où 14 Marocains ont été condamnés à mort par un tribunal de la ville de Nador. Ce jugement sera annulé le 10 décembre de la même année par la chambre criminelle de la cour suprême. Mais, auparavant, le 3 avril, lors d’un déjeuner offert par l’Overseas Pen Club, aux USA, SM Hassan II avait affirmé qu’il userait de son droit de grâce si la condamnation à mort des bahaïs est confirmée. Des Marocains taxés, entre autres, de porter atteinte à la religion de l’Etat, d’hérésie et de pro-sionisme. Vient 1987, où nombre d’entre eux sont incarcérés pour être des prosélytes. Un temps où l’accusation d’apostasie sévissait encore. Plus maintenant, car celle-ci fut abrogée en 2012.

Les bahaïs du Maroc, tout en gardant un sentiment d’amertume pour cet épisode, croient ce temps révolu et qu’une clémence nouvelle leur veut une vie libre et tolérante. Ainsi ils affirment ne connaître, par les temps courants, ni menaces ni contraintes. Comme un vent nouveau… Croyant en un dieu unique, ils ont, toutes proportions gardées, les mêmes obligations que celles musulmanes, mais à leurs façons. On apprend que la prière est de trois types: la petite, la moyenne puis la grande. Sauf que la direction pour accomplir celle-ci se fait plutôt vers le Mont Carmel que vers la Mecque.

Le Mont Carmel, lieu d’enterrement de Baha-Allah. Aussi pris pour lieu de pèlerinage, les bahaïs s’y rendent en passant par l’Iran, la Turquie et Bagdad. Ces lieux traversés par Baha-Allah, lors de son exil, une fois chassé de l’Iran.

Comme un vent nouveau…
Leur organisme de communication, la Maison universelle de justice, située à Haïfa, recommande fermement aux Marocains bahaïs de remettre à plus tard ce pilier, car son exercice risquerait de brouiller le climat au Maroc, ceci, à la défaveur des bahaïs. «On accuse les bahaïs d’être des pro-israéliens, ce qui est faux», rétorque Karima Jaouane. Pour reprendre «La colonisation israélienne n’a eu lieu qu’en 1967 alors que Baha-Allah fut enterré au Mont Carmel en 1892». Pour la zakat, plutôt qu’elle soit de 2,5% comme chez les musulmans, elle est, ici, de 19%. Versée annuellement à la Maison universelle de justice, elle sert principalement à entretenir les temples à la réputation fastueuse. Si la population bahaïe au Maroc ne dérange pas, c’est que son quotidien est pacifique et ne soumet nulle revendication.