Les Marocains n'ont pas confiance dans leur système de santé

SANTÉ À LA CARTE

Pour qu’on n’en sorte plus les pieds devant, les hôpitaux ont besoin de réhabilitation. Santé pour pauvres ici même. Santé pour riches sous d’autres cieux.

S’il y a un domaine où on arrive à faire dire la vérité aux chiffres, c’est bien celui de la santé. On est censé savoir combien de personnes se sont soignées de quoi, dans quel type de structure médicale, à quelle catégorie socio-professionnelle appartiennent-ils et dans quel lieu géographique vivent-ils? En somme, une carte multidimensionnelle permettant un regard de proximité sur les conditions de vie et l’état de santé des populations. Le tableau n’est pas beau à voir. Comme d’habitude, c’est l’OMS (Organisation mondiale de la santé) qui nous fait le descriptif, avant d’en arriver aux conclusions.

Qui dit médecine, dit médecin. Plus ils sont nombreux, mieux c’est. Encore faut-il les former; surtout dans un domaine où les études sont longues et parfois pénibles. Au niveau strictement comptable, nous sommes à 7,3 médecins pour 10.000 personnes; contre 1 pour 650 habitants, selon les standards de l’OMS, à savoir 15,4 pour 10.000. En clair, notre taux d’encadrement par des médecins ne dépasse pas la moitié de la référence internationale communément admise. Pour le personnel paramédical de la santé publique, le Maroc ne dispose que de 32.000 infirmiers, soit 9,2 pour 10.000. Là aussi, c’est peu; très peu. Qui plus est, les chiffres sont ceux du ministère de la Santé.

Pour pallier ce déficit, un plan de rattrapage avait été lancé il y a quelques années, déjà. Il était prévu de former 3.300 nouveaux médecins chaque année. L’objectif de cette planification était de réduire la distance par rapport aux paliers fixés par l’OMS, en terme de densité des personnels médicaux. À l’horizon, le cap de 10 médecins pour 10.000 habitants paraissait accessible. Pas pour l’OMS, qui le jugeait improbable, du haut de son pragmatisme onusien.

S’il y avait une palme à attribuer, en plus de la santé, ce serait celle de l’Education nationale. Ces deux départements ont, en effet, la mauvaise habitude de lancer des promesses et de prendre des engagements qu’ils ne peuvent tenir. Les deux ministères ont longtemps mis leur échec sur le dos des finances publiques, qui n’auraient pas débloqué les budgets nécessaires. À première vue, ils n’avaient pas totalement tort. Effectivement, le Maroc ne consacre que 5,8% du budget général à la santé, alors que la norme de l’OMS est de 12%. Sauf que pour rendre un peu crédible cet argument, il fallait bien y ajouter le facteur régulateur du type de dépenses. Pour ce paramètre hyper important en matière de finances publiques, le Maroc est dans les derniers rangs du classement mondial en matière d’efficience des dépenses de la santé publique. Un point que M. Doukkali, ministre de la Santé, n’a pas hésité à citer avec une certaine malice politique, lors de sa rencontre nationale avec la presse le lundi 10 juin 2019. À l’ordre du jour, la présentation du plan santé 2025. Certaines de ses propositions parlent d’elles-mêmes. Les données chiffrées n’avaient pas de quoi faire sensation. Il y avait comme un sentiment général convenu que la vérité était ailleurs. Elle est dans le fait que les Marocains n’ont pas confiance dans le service de santé de leur pays, qu’il soit public ou privé.

Ce n’est un secret pour personne, mais une réalité que chacun jaugera à sa disponibilité financière. Les plus aisés vont jusqu’à se faire naturaliser pour être certains d’avoir une égalité de traitement. Une attitude qui pourrait ternir l’image du pays d’origine, plus particulièrement par rapport aux images d’Épinal du Maroc touristique. Selon les soins recherchés, on a été jusqu’à parler d’un tourisme médical. Les gens de peu aussi ne font pas confiance à l’efficacité et au savoir-faire du système médical de leur pays. Ils y vont, faute de mieux et de l’intime conviction de s’en remettre à Dieu. Un point de rencontre fait déjà l’unanimité: l’amélioration de l’offre médicale passe par la réhabilitation des grandes unités hospitalières.


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