Des millions de Marocains risquent de basculer dans la pauvreté

Rapport de la bad sur les perspectives économiques 2020 en afrique du nord

La Banque africaine de développement met en garde les pays d’Afrique du nord sur plusieurs risques induits par la crise liée au Covid-19. En plus des impacts sur la balance commerciale, les réserves en devises et la baisse des IDE, le Maroc est confronté à une aggravation de sa dette publique, en plus de l’accentuation des inégalités sociales.

Le Maroc pourrait enregistrer une décroissance comprise entre 3,3 et 4,6% en 2020. C’est ce que projette la Banque africaine de développement (BAD), dans son dernier rapport sur les perspectives économiques en Afrique du Nord pour cette année. Un scénario certes moins pessimiste que celui du HCP, qui estime la décroissance du pays à 5,8% pour l’année en cours, mais qui demeure en deçà des perspectives de la région.

Selon la BAD, l’Afrique du Nord devrait connaître une décroissance de 0,8% et pourrait même atteindre 2,3% pour le scénario le plus pessimiste. «Face à cette crise inédite, les pays de la région ont pris des mesures sanitaires et budgétaires pour endiguer la propagation du virus et protéger leurs populations. L’important ralentissement, dû à l’interruption de l’activité dans plusieurs secteurs, a eu des incidences socio-économiques de grande ampleur», souligne la BAD. Des incidences qui ne sont plus à démontrer au Maroc, le pays essuyant des pertes d’emploi et de points de croissance considérables.

Risque de surendettement
Par secteur, le Maroc fait face à des risques élevés dans le tourisme, les voyages, la santé, l’éducation et le commerce, des risques modérés dans les IDE et le marché financier et un risque faible concernant les prix des produits de base. Par ailleurs, la BAD a averti sur les risques d’accentuation de la pauvereté et l’inclusivité de la croissance à cause du Covid-19. «Au Maroc, les inégalités ont été élevées durant la dernière décennie, à 39,5%.

Certes, le Maroc a connu un recul net de la pauvreté, mais le pays a enregistré un accroissement des inégalités sociales, et des millions de Marocains considérés comme étant économiquement vulnérables risquent de basculer dans la pauvreté», prévient l’institution financière. Aussi, le risque d’un surendettement est omniprésent, surtout en cette période. «La dette publique marocaine a augmenté de 47% du PIB en 2009 à 64,9% en 2019.

Le risque de refinancement est limité dans le contexte marocain, dans la mesure où 89% de la dette est assortie d’une échéance moyenne de 6 ans et 5 mois, et l’échéance de la dette extérieure est encore plus longue, soit 7 ans et 10 mois. De plus, 55% de la dette extérieure sont dus à des créanciers multilatéraux», indique la BAD.

De même, la dette des entreprises étatiques a touché un plafond au Maroc, met en garde la Banque. «Cette dette présente maintenant un risque budgétaire. Dans le cadre des discussions en cours concernant l’élaboration d’un nouveau modèle de développement pour le Maroc, les rôles des entreprises étatiques et celui de l’Etat en tant qu’acteurs économiques devraient être examinés pour libérer une marge de manoeuvre budgétaire et renforcer la croissance inclusive», recommande la BAD.