Le Maroc, rempart de l'UE dans sa lutte contre l'immigration clandestine

Des interrogations sur l'avenir du partenariat commercial Maroc-UE


L’UE reconnaît le rôle du Royaume dans la lutte contre l’immigration clandestine mais ne fait rien pour montrer sa bonne foi envers son partenaire au sujet de la reconnaissance du Sahara marocain, point de discorde qui bloque le renouvellement de l’accord de pêche.

Le ministère de l’Intérieur a communiqué le 24 juin 2023 des chiffres qui en disent long sur le rôle joué par le Maroc dans la régulation de l’immigration clandestine à destination de l’Europe. A fin mai 2023, les autorités marocaines ont mis en échec 25.519 tentatives d’émigration irrégulière, 70.781 tentatives avortées en 2022 et 366.000 durant les cinq dernières années. Les secours en mer ont concerné environ 90.000 migrants durant les cinq dernières années. En 2022, ils étaient 12.478 migrants à être secourus au large de la mer, contre 3.150 à fin mai 2023.

Concernant le démantèlement de réseaux criminels de trafic de migrants, près de 290 réseaux criminels ont été démantelés en 2022, contre 117 à fin mai 2023, ce qui porte à environ 1.500 le nombre total de ces réseaux démantelés sur les cinq dernières années. Au sujet des tentatives d’assaut contre Sebta et Melilia, repoussées par les autorités marocaines, une centaine de tentatives avortées durant les cinq dernières années, impliquant environ 17.500 assaillants. Pour la seule année 2022, ces tentatives d’assaut repoussées sur les clôtures grillagées de Sebta et Melilia étaient au nombre de 16 contre une seule tentative durant les cinq derniers mois de 2023, grâce au renforcement du dispositif de lutte contre la migration irrégulière.

Le Maroc est un « partenaire clé » de l’Union européenne (UE) pour la gestion de la migration, avec lequel une coopération « solide et fiable » est entretenue, a affirmé, le 6 juin à Bruxelles, la Commissaire européenne chargée des affaires intérieures, Ylva Johansson. «Le Maroc est un partenaire très important pour nous afin de gérer la migration ensemble », a insisté Mme Johansson lors d’un point de presse dédié à la présentation du nouveau plan d’action de l’UE pour la gestion des routes migratoires en Méditerranée occidentale et en Atlantique. Ylva Johansson a exprimé ses remerciements aux autorités marocaines pour leur « engagement très constructif » en matière de migration et de lutte contre la traite des êtres humains, soulignant que l’UE et le Maroc « entretiennent un partenariat solide et fiable en matière de migration ».

Mesures de coopération
Pour l’Espagne, l’intervention du Maroc lui a permis de faire baisser l’immigration clandestine a de moitié. Ce sont 4.287 arrivées qui ont été enregistrées au premier trimestre 2023, soit 51% de moins par rapport à la même période de l’année passée. Ces baisses confirment l’efficacité des mesures de coopération entre le Maroc et l’Espagne en particulier et entre le Royaume et l’Union européenne en général. Consciente de son apport considérable et incontournable, l’UE a promis au Maroc une aide d’un demi-milliard d’euros pour la période 2021-2027. De ce précieux partenariat avec le Maroc l’UE en profite également notamment en matière de lutte contre le terrorisme, mais aussi sur le plan commercial et économique.


Un soutien visant à couvrir les coûts des déploiements opérationnels tels que les patrouilles et la surveillance des frontières maritimes ainsi que les frais d’entretien des matériels utilisés par les Forces de l’ordre marocaines et leur indemnisation. De là à poser cette question pressante : pourquoi l’UE n’a rien fait pour l’heure pour reconnaître la marocanité du Sahara ou du moins balayer d’un revers de la main les tentatives désespérées du polisario et de ses relais en Europe visant à empêcher la reconduction de l’accord de pêche Maroc-UE. Entré en vigueur le 18 juillet 2019, cet accord, couvrant nos provinces du Sud, arrive à échéance le 17 juillet 2023. Dans moins de trois semaines donc, il prendra fin. Pourtant, aucune négociation entre les deux parties à ce sujet n’a été engagée valeur aujourd’hui. Étonnant, non ?

Pénalités et sanctions
Par le passé, trois mois au moins avant l’expiration de l’accord, il y avait une série ou des rounds de négociations inhérents au renouvellement de cet accord. A quelques encablures de la fin de l’actuel accord, rien. Ce qui laisse légitimement planer des doutes pour la première fois sur la reconduction de cet accord dont le voisin ibérique, l’Espagne, est indubitablement le grand et le principal bénéficiaire. Cela renforcerait les doutes et les appréhensions sur la non-reconduction de cet accord et probablement aussi l’accord agricole Maroc-UE. Ce qui rajoute l’huile au feu, c’est la décision de la Cour de justice européenne en date du 29 septembre 2021 qui a invalidé l’accord de pêche. Le pourvoi formulé par le Conseil de l’UE quelques jours après a permis aux vingt-sept en général et à l’Espagne, en particulier, de maintenir cet accord jusqu’à sa date d’échéance afin d’éviter aux institutions européennes des pénalités et des sanctions. Mais il n’a pas remis les pendules à l’heure.

Une situation opaque qui se greffe à la brouille née de la politique étrangère des pays de l’Union européenne vis-à-vis d’un partenaire de taille qu’est le Royaume. Les dernières résolutions du parlement européen laissent entrevoir une politique hostile à l’égard du Royaume. « Pegasus » et « MarocGate », deux affaires dénudées de toute preuve matérielle et tangible, en témoignent.

Partenariat déséquilibré
Pour la diplomatie marocaine, ces attaques et ces offensives dans leur essence propagandistes ne sont pas à la hauteur du partenariat que le Royaume a entretenu et préservé près de trois décennies durant. Aujourd’hui plus que jamais, le Maroc rejette l’idée d’un partenariat déséquilibré et synonyme de non-respect de ses intérêts stratégiques à la tête desquels se trouve le dossier du Sahara marocain. Donc, le message est clair. Aucune négociation avec le Maroc au sujet du renouvellement de l’accord de pêche qui n’inclut pas son Sahara. Aucune concession à ce propos. C’est à prendre ou à laisser.

Seule la décision de la Cour européenne de justice de reconnaitre l’étendue de l’accord sur les provinces du Sud et la souveraineté du Royaume sur son Sahara, une fois pour toutes, peut être considérée comme une base de négociations sérieuse pour la reconduction de l’accord. Sous cet angle, cette juridiction européenne peut tout bonnement s’inspirer, dans le cadre de la jurisprudence, des arrêts et des jugements d’autres juridictions de pays membres de l’UE, notamment françaises et britanniques, qui ont rebouté les recours du polisario visant à soustraire les provinces du sud de tout accord commercial entre le Maroc et les membres de l’Union européenne.

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