Le Maroc, un "swing state" géopolitique


Alors que les États-Unis et la Chine coexistent, se font concurrence et s’affrontent pour déterminer qui établira les règles géopolitiques, ils devront courtiser, ou contrecarrer, un groupe émergent de pays pour prendre l’avantage. Cette nouvelle classe de nations influentes sont les États pivots géopolitiques du XIXe siècle.

L’un des avantages du monde multipolaire, est que l’on est plus dans la logique d’États satellites. Chaque pays, quelle que soit sa superficie, sa force de frappe militaire ou sa performance économique, peut faire valoir ses atouts et ainsi pousser son agenda. Tout dépend de la vision prospective de ses dirigeants. Néanmoins, certains deviennent de plus en plus influents du fait de la compétition entre Pékin et Washington, qui cherchent à tout prix à les courtiser.

Ce sont les “Geopolitical swing states”. Ces pays se répartissent en quatre catégories. Dans la politique intérieure américaine, cette appellation est réservée par les Etats qui décident, en cas de victoire de l’un ou l’autre des partis, décident des élections présidentielles. En géopolitique, on parle donc de pays qui ont le pouvoir de tracer leur propre voie et qui peuvent décider de l’avenir de l’équilibre international des pouvoirs. Ce sont des pays relativement stables qui ont leurs propres agendas mondiaux indépendants de Washington et de Pékin, et la volonté et les capacités de transformer ces agendas en réalités. “Ces Etats sont essentiels à l’économie mondiale et à l’équilibre des pouvoirs, mais ils n’ont pas la capacité à eux seuls de diriger l’agenda mondial, du moins pour l’instant.


Des temps incertains
Cependant, tant que les tensions entre les États-Unis et la Chine continueront de s’aggraver, ils auront des capacités pour naviguer dans la concurrence géopolitique, en tirer parti et l’influencer. Ils le savent et utilisent consciemment ce nouveau pouvoir pour façonner l’ordre mondial afin de servir plus efficacement leurs objectifs nationaux”, indique Jared Cohen, président des Global Affairs chez la banque américaine, et auteur de l’étude.

Celui-ci classe d’ailleurs le Maroc dans la catégorie des Etats pivots “ayant un avantage concurrentiel dans un aspect critique des chaînes d’approvisionnement mondiales”. Il explique: “Le Maroc possède 70% des réserves mondiales de phosphate et constitue un pont essentiel entre les mondes arabe et africain. Alors que les États-Unis et leurs alliés et partenaires visent à perturber la domination de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement critiques, y compris les terres rares, le Maroc se positionne comme une plateforme qui pourra faire jouer la concurrence. L’étude cite par ailleurs le fait que le Royaume entretient des relations privilégiées avec Washington, qui ont abouti à la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, mais est également très lié à la Chine qui multiplie les investissements, notamment dans la zone nord, ainsi que dans la domaine médical. “Il s’agit donc de l’exemple-type de l’Etat qui garantit l’équilibre entre les deux puissances mondiales dans une région donnée”, précise Jared Cohen.

Selon lui, l’émergence de ces swing-states comme le Maroc, mais également l’Indonésie, la Finlande, ou la Corée du Sud, peut équilibrer les grandes puissances et aider à stabiliser l’ordre mondial. “Leur prise de décision basée sur leurs intérêts pourrait être une source de cohérence en des temps incertains. Ces États pivots géopolitiques sont conscients que leur pouvoir peut être insoutenable, voire éphémère, et ils sont déterminés à tirer parti de la fenêtre d’opportunité actuelle”. Et de conclure: “Les grandes puissances devraient en prendre note.

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