Le Maroc doit-il soutenir l'autodétermination de la Kabylie?

On peut se poser la question de savoir si le Royaume ne devrait pas lui-même s!engou#rer dans la brèche et cesser de faire montre de scrupules que l!Algérie, elle, ne s!embarrasse absolument pas de jeter aux orties.

Le principe du respect de l’intégrité territoriale est tellement sacré pour le Maroc, et pour cause, qu’il peut s’enorgueillir de ne presque jamais avoir appuyé dans des pays tiers des entreprises séparatistes de la même violence que celle qui le vise dans la région du Sahara, de la part de l’Algérie. Presque, car il n’y a en fait dérogé qu’à une seule reprise, et ce au mois d’octobre 2015, en apportant son soutien formel au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) qui, comme l’indique son nom, souhaite la séparation de la région algérienne de Kabylie: en fait, il s’était davantage agi, comme nous le soulignions dans notre numéro 1164 du 6 au 12 mai 2016, d’“une réaction épidermique” que d’un véritable plaidoyer de la part du représentant permanent adjoint du Maroc auprès des Nations unies, Abderrazak Laasel, qui n’avait que peu goûté que ses vis-à-vis algériens profitent de la moindre occasion pour remettre sur le tapis onusien la soi-disant “occupation” par le Royaume de ses provinces sahariennes. Et tout en donnant la parole, dans le même numéro suscité, au président du gouvernement provisoire kabyle, Ferhat Mehenni, Maroc Hebdo avait clairement pris ses distances avec la sortie de M. Laasel en taxant nommément le projet du MAK de séparatiste.

Mouvement de protestation
Cinq ans plus tard, on peut toutefois se poser la question de savoir si, finalement, le Maroc ne devrait pas lui-même s’engouffrer dans la brèche et cesser de faire montre de scrupules que l’Algérie, elle, ne s’embarrasse absolument pas de jeter aux orties: référence ici à la lettre dont vient de se fendre, ce 15 juillet 2021, le représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, au secrétaire général du Mouvement des non-alignés (MNA), à savoir le président azéri Ilham Aliyev, et qui se positionne en faveur du “droit” de la population de la Kabylie, qu’il qualifie de “vaillant peuple kabyle”, “à l’autodétermination”, après que le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, ait, hors de tout contexte, profité de sa participation à la réunion ministérielle dudit mouvement pour s’attaquer au Maroc et à son intégrité territoriale.

“L’autodétermination n’est pas un principe à la carte,” a, ainsi, avancé M. Hilale. Bien sûr, d’aucuns rappelleront qu’en dehors du Sahara marocain, le Maroc comprend aussi une région comme le Rif proche culturellement de la Kabylie, en ce que les deux partagent le même fond amazigh, avec même dans la première une brève expérience de république dans les années 1920, et que ce n’est donc pas dans son intérêt que le MAK parvienne à ses fins.

Mais en même temps, les choses semblent désormais avoir pour de bon dépassé les bornes, et tous les coups devraient en fait être permis: autant, au milieu des années 2010, l’Algérie pouvait compter à sa tête un président, Abdelaziz Bouteflika, qui, en dehors de gesticulations sans incidence réelle, respectait plus ou moins certains us du fait notamment de son propre passé de diplomate, autant elle se trouve actuellement sous la coupe d’une gérontocratie militaire à l’évidence complètement sénile et qui par le biais du président qu’elle a mis en place en décembre 2019, en l’occurrence Abdelmadjid Tebboune, n’hésite plus à menacer le Maroc de guerre -cf. l’interview de ce dernier dans l’édition du 3 juin 2021 de l’hebdomadaire français Le Point. Cynique? Oui, tout-à-fait, et même contraire à l’esprit du préambule de la Constitution, qui, entre autres, “engage” le Maroc à “oeuvrer à la construction de l’Union du Maghreb”, mais y a-t-il vraiment un autre choix?.