LE MAROC A SOIF

Nos réserves d'eau douce diminuent sérieusement

Notre politique agricole ne peut être efficace tant qu’elle est en déphasage avec la situation hydrique actuelle, caractérisée par l’assèchement progressif des réserves et la chute des niveaux des nappes phréatiques. Il est temps d’agir.

L’heure est grave. Pour que S.M. le Roi prenne les choses en main, c’est que la situation est plus qu’inquiétante. Elle est alarmante. Le Maroc manque sérieusement d’eau douce. De l’eau à boire pour Homme et bétail, d’abord ! Le récent rapport de la Banque Mondiale, publié début mai 2023, sonne, d’ailleurs, comme une sérieuse alerte concernant la gravité du phénomène.

L’urgence de la situation est telle que le Souverain a présidé, mardi 9 mai 2023, au Palais royal de Rabat, une séance de travail consacrée au suivi du programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation 2020-2027. Sept mois seulement après avoir fait de cette question une priorité nationale dans son Discours d’ouverture du Parlement, en octobre 2022, suivi de trois séances de travail. C’est dire que cette réunion s’est inscrite dans la continuité de ses orientations royales et du travail accompli par le gouvernement dans le cadre du Programme de lutte contre les effets de la sécheresse et le stress hydrique. La réunion a permis de savoir que la cadence actuelle des réalisations de cette stratégie ne répond pas aux besoins pressants en eau potable et d’irrigation.

Le Souverain a, une fois encore, montré la voie au gouvernement. Il faut accélérer la mise en oeuvre de ce Programme, voire même lui donner un coup de pouce par un investissement supplémentaire de 143 milliards de dirhams. Dans le viseur, entre autres consignes, l’accélération du projet d’interconnexion des bassins hydrauliques de Sebou, Bouregreg et Oum Er-Rbia, la programmation de nouveaux barrages et de projets de dessalement de l’eau de mer et l’augmentation des capacités de réutilisation des eaux usées traitées.


Qu’on se détrompe. Ces nouvelles mesures montrent que malgré ce qui a été déployé jusqu’ici, la situation va de pire en pis. Au Maroc, il y a à peine 500 mètres cubes d’eau douce par habitant. Ce ratio était, dans les années 1960, 5 fois plus élevé. Une cinquantaine de villes marocaines sont menacées par la soif, le monde rural et le sud du pays étant particulièrement exposés. A ce rythme, à l’horizon 2050, le Maroc perdra plus de 80% de ses ressources en eau douce, de quoi vraiment s’alarmer. (Lire également l’article de Abdessamad Naimi, pages 12/13).

Il faut absolument arrêter le gaspillage d’eau. Dans des quartiers cossus de Casablanca et de Rabat, pour ne citer que cet exemple, les propriétaires de villas pensent qu’ils ne sont pas concernés. Ils continuent à arroser leurs grands jardins et à remplir leurs piscines en puisant dans la nappe phréatique. C’est désolant mais il y a pire.

Les effets ravageurs de la sécheresse ont fait qu’un des plus grands barrages du pays, Al-Massira en l’occurrence, situé à 140 kilomètres de la ville de Casablanca, est quasiment asséché. L’agriculture en est responsable, en grande partie. Elle consomme 85% d’eau douce. Admirez le paradoxe de notre politique agricole : au moment même où l’eau se fait de plus en plus rare, les exportations marocaines de fruits et de légumes ont battu des records en 2022. On triple les profits en privant les populations de villes entières d’eau potable. Dans des zones quasi-arides comme Zagora, on cultive la pastèque ou le melon. Où est la logique dans tout cela ?

Notre politique agricole ne peut être efficace tant qu’elle est en déphasage avec la situation hydrique actuelle, caractérisée par l’assèchement progressif des réserves et la chute des niveaux des nappes phréatiques. Il est temps d’agir. Le gouvernement ne doit pas cautionner la logique mercantile des grands agriculteurs et agro-industriels avides d’argent au détriment de la logique de survie de tout un peuple. Il n’y a de priorité que celle-ci. C’est ce que le Souverain vient d’insinuer clairement.

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