Maroc-Russie: De l'eau dans le gaz?


Une précédente rencontre entre les ministres des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita et russe Serguey Lavrov.

Officiellement, on se veut rassurant. Il n’empêche qu’ils sont nombreux à se poser la question de savoir si une crise n’est pas en train de couver avec Moscou.

Il ne s’agit, en apparence, que de “changements dans l’agenda de son excellence le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov”, eux-mêmes “dus à des changements dans l’agenda de son excellence Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie”. Il n’en reste pas moins que l’explication donnée par l’ambassade de Russie au Caire pour légitimer sa demande de report à “novembre ou décembre 2021” du Forum de coopération russo-arabe qui devait avoir lieu le 28 octobre 2021 à Rabat laisse de nombreux observateurs penser qu’il y a plutôt une crise qui couve avec Moscou.

Ce qu’“un responsable au ministère marocain des Affaires étrangères” cité ce 13 octobre 2021 par le journal électronique Le360 a démenti, arguant du fait qu’“une nouvelle date pour sa tenue sera décidée le vendredi 15 octobre” 2021 et que “le forum de coopération (...) est donc maintenu, [qu’il] aura lieu au Maroc”. Il n’empêche: si le doute persiste, ce n’est pas complètement à tort. Et pour cause: la position pro-algérienne de la Russie eu égard au différend régional du Sahara marocain, dont elle soutient désormais ouvertement la séparation.

Légalité internationale
Questionnée au sujet de la reconnaissance du 10 décembre 2020 par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur la région, la directrice du département de l’information et de la presse du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, s’était, ainsi, prononcée, le 10 juin 2021, en faveur de l’organisation d’un soi-disant “référendum”, sans jamais avoir été par la suite reprise par sa hiérarchie.

“Nous avons considéré la décision de l’administration américaine comme portant atteinte au cadre juridique international généralement reconnu pour le règlement du dossier du Sahara occidental (sic),” justifiera- t-elle. Ce qui réjouira le lendemain la partie algérienne, dont l’agence officielle Algérie presse service (APS) se félicitera de ce que “Moscou réitère sa position en faveur de la légalité internationale”.

Déjà englué dans une crise avec l’Allemagne et l’Espagne en relation justement avec le non-respect de son intégrité territoriale, le Maroc ne fera, pour sa part, pas de réaction officielle, mais on peut imaginer que des questionnements restent et que l’ambassadeur du Royaume à Moscou, Lotfi Bouchaara, a certainement dû aborder certains d’entre eux lors des entretiens qu’il a eus le 7 octobre 2021 avec le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Verchinine, “à la lumière de l’examen prochain de [la] question [du Sahara marocain] au conseil [de sécurité] de ce mois-ci” d’octobre 2021, quoique rien n’ait véritablement filtré de leurs échanges.

Outre le report du Forum de coopération russo-arabe, les vols entre le Maroc et la Russie sont également suspendus depuis le 5 octobre 2021, sans qu’une raison ait été vraiment donnée -différentes sources médiatiques ont mentionné la situation pandémique relative à la propagation de la Covid-19 dans le pays eurasiatique, mais en absence de confirmation officielle il ne s’agit là, pour l’heure, que de supputations.