LE MAROC PAIE ENCORE LE PRIX DE SA NEUTRALITÉ

BLOCUS AÉRIEN CONTRE QATAR ET CRISE DU GOLFE

Le Maroc avait raison de ne pas s’allier à l’Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis, au Bahreïn et à l’Egypte contre Qatar en 2017. La décision de la cour internationale de justice lui donne raison. Cette position de neutralité lui a coûté une animosité de certains Etats du Golfe qui dure encore.

La Cour internationale de justice (CIJ), plus haute juridiction de l’ONU, s’est prononcée mardi 14 juillet 2020 en faveur du Qatar au sujet du blocus aérien qui lui a été imposé le 15 juin 2017 par quatre alliés, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn (trois Etats du Golfe) et l’Égypte. Les juges de la CIJ ont «rejeté à l’unanimité » une requête de l’Arabie saoudite, de Bahreïn, de l’Égypte et des Émirats Arabes Unis. Un élément clé du conflit qui dure depuis trois ans. Ils demandaient à l’organe judiciaire des Nations Unies d’annuler une décision prise en faveur de Doha en 2018 par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), une agence de l’ONU.

Face à cette crise du Golfe, le Maroc s’est proposé dès le début en conciliateur et a offert ses bons offices en vue de favoriser le dialogue. Le Roi Mohammed VI avait effectué un déplacement qui l’a conduit aux Emirats arabes unis puis au Qatar. Le Royaume avait proposé sa médiation sur la base de «la non-ingérence dans les affaires intérieures, la lutte contre l’extrémisme religieux, la clarté dans les positions et la loyauté dans les engagements».

Machine de propagande
Rabat entretient des liens étroits et stratégiques avec les pays arabes du Golfe, et avait même un temps été invité en 2011 à rejoindre le Conseil de coopération (CCG). Mais sa neutralité dans cette affaire, qui faisait suite à son retrait de la guerre au Yémen, n’a pas plu aux trois Etats du Golfe. Un froid diplomatique s’est installé depuis notamment avec l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.

Mais personne ne s’attendait à des offensives et des campagnes de propagande médiatiques contre le Maroc. A ce jour et même pendant la crise sanitaire du Covid- 19. Les Emirats arabes unis ont lancé tout récemment sur les réseaux sociaux une nouvelle campagne anti-marocaine intitulée «Le Maroc est-il victime d’un coup d’Etat?». C’était le jeudi 25 juin 2020. C’est la deuxième du genre menée par le Centre des Emirats pour les études et l’information sur sa page Facebook.

Derrière la couverture de «centre», il s’agit d’une machine de propagande, basée à l’Est de la Libye, au service de la politique d’Abou Dhabi dans la région maghrébine. Cet acte n’est pas isolé, ni le premier d’ailleurs. Fin mai 2020, elle a diffusé ce titre: «Le Maroc connait-il un hirak national contre le pouvoir des ‘khwanjia’ (les islamistes)?», tout en précisant sournoisement qu’ils «soutiennent les libres dans le monde». «La stabilité du royaume commence par la destitution du Parti de la justice et du développement », ajoute le centre pro-emirati. Un mois auparavant, les Emirats avaient ordonné à leurs sbires sur les réseaux sociaux de s’attaquer à la gestion de la pandémie du coronavirus par le Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani.

En dehors des médias et des réseaux sociaux, les Emirats ont soufflé le chaud et le froid dans le but d’envenimer les relations entre le Royaume et ses alliés traditionnels en Afrique dont la Mauritanie. En Tunisie, Abou Dhabi a réussi à avoir des «appuis» dans certains médias, ce qui a permis de diffuser la caméra cachée de Ramadan 2020 sur la famille royale marocaine par la chaîne Hannibal. Voilà en substance le prix qu’a payé et que paie encore le Royaume pour sa neutralité et ses positions raisonnables dans les conflits régionaux et internationaux. Malgré cela, il n’y a rien à regretter. Le Maroc est fort et ce ne sont pas ses «escarmouches » qui vont le déstabiliser.


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